AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Liberté Sangréal, de Labour (finie)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
Message
MessageSujet: Liberté Sangréal, de Labour (finie)   Ven 14 Mar - 17:06

Liberté Sangréal
Noble de Labour
Noble de Labour
avatar

En savoir plus

Rappel du premier message :

Liberté, feu follet princesse ducale de Labour
Liberté Sangréal
✥ Âge : 18 ans
✥ Origine : Six-Duchés
✥ Classe sociale :Noble
✥ Profession : Damoiselle, première et unique fille du Duc de Labour, je ne suis pas son héritière (2ème en ligne).
✥ Actuellement : Castelcerf (en passe d'y arriver)
STATS
Distribuez 50 points de départ en suivant les instructions ici.
MAGIE : 12 ✥ FORCE : 6 ✥ PRÉCISION : 3 (le personnage est aveugle de naissance) ✥ ENDURANCE : 8 ✥ INTELLIGENCE : 9 ✥ PERCEPTION : 5 (personnage aveugle de naissance, donc fatalement...) ✥ CHARISME : 7

Le Royaume et vous...
✥ Êtes-vous originaire des Six-Duchés ? Tout à fait, du duché de Labour
✥ Ah ? D’où venez-vous exactement ? Duché de Labour, au château ducal de Belcastel
✥ Êtes vous sensible à la politique des Loinvoyant ? Contrainte de m'y intéresser du fait de mon rang, la politique est loin d'être ma matière préférée. Je manque singulièrement de tact pour les ronds de jambe parait-il, ma langue ayant tendance à être aussi libre que mon nom. Donc oui, j'y suis sensible par obligation et du fait de ma qualité de vifière.
✥ Peut-être ne vous intéressez-vous pas à ces choses-là, mais quel Duché a votre préférence ? Béarn, nous sommes voisins depuis toujours et l'entente est cordiale avec la famille Castellonde, Grand-Maman est elle-même issue de cette famille. De même mon père est très proche du Duc de Rippon et nos relations sont franchement amicales.
✥ Que pensez-vous de nos voisins ? Chalcédiens : des gens sans foi ni loi qui ne respectent pas la vie d'autrui et osent réduire leurs semblables en esclavage. Opinion hautement défavorable. Malheureusement, ils sont nécessaires à l'enrichissement des Six Duchés par le commerce, et pourraient aussi finir par présenter un parti allié contre les Pirates Rouges.
Montagnards : un peuple reculé, méconnu. Ce sont des voisins généralement calmes avec lesquels le commerce est florissant. Je suis pleine de curiosité les concernant, d'autant que le vif ne semble pas réprouvé chez eux comme il l'est dans les Six Duchés. Le peu que j'ai entendu sur leurs coutumes me plait.
Outriliens : Difficile de les différencier des Pirates Rouges qui ravagent nos côtes et forgisent nos semblables, je ne les porte pas dans mon cœur mais jugerai au cas par cas si j'en croise. Je préfère m'abstenir d’émettre un point de vue hâtif, toutefois, ils excitent ma méfiance et m’écœurent quand je pense à ceux qui reviennent forgisés sur nos côtes. Mais je suppose, j'espère, qu'il y a quelque chose, quelqu'un que je ne peux comprendre et aux noirs motifs derrière ces actes de barbarie.
✥ Vous considéreriez-vous comme un grand fan de la famille royale ? Pourquoi ? Pas nécessairement, voire pas du tout en ce qui concerne la politique anti-vifiers. Ne les connaissant pas encore personnellement, je suis assez neutre envers eux. Ils dirigent le royaume, avec des hauts et des bas.
✥ Votre avis vis-à-vis de la situation politique actuelle ? Vifière, je suis contrainte de cacher mon art alors que je ne fais, je le sais, rien de mal. Non, je ne suis pas une bête. Je crains également les forgisés, car je me sais incapable de sentir leur présence et donc de les ''voir''. Je trouve que la situation est assez tendue. Nous, duchés de l’intérieur, ne subissons pas directement les attaques des pirates rouges, aussi je comprends la réticence de Bauge et de mon père face aux impôts levés pour payer les moyens de défense moyennement efficaces contre les pirates. Je n'oublie pas cependant que  les duchés côtiers sont ceux qui nous protègent de ces désastres, et dans un royaume, il faut parfois songer à s'entraider.
✥ Au fait, vous avez un titre ? Damoiselle/Princesse ducale de Labour. Je suis surnommée ''Feu Follet'' par mon aîné Chance.


Physique

✥ Yeux : Délavés, vert anis très pâle avec la pupille opaque. Elle est aveugle de naissance. Son regard est donc fixe.
✥ Cheveux : Roux flamboyant, sa camériste les entretient avec des soins à la garance en poudre qui lui donnent un éclat encore plus rouge au soleil. Légèrement ondulés et très épais, ils lui tombent sur les hanches. Elle les porte généralement lâchés ou en partie retenus en arrière à l'aide tresses collées au crâne ou de tresses en corde si sa camériste arrive à la convaincre de la laisser faire.
✥ Silhouette : 166 cm, 56 kg, elle a une silhouette très fine, avec une ossature légère. Ses formes sont féminines cependant, avec une poitrine bien dessinée et présente, ainsi qu'une taille très fine. Liberté est taillée toute en longueur, elle paraît très élancée malgré sa taille modeste.
✥ Habitudes vestimentaires : Des robes simples, sa camériste choisit pour elle les couleurs dans des teintes froides, vert foret, bleu profond, azur, et beaucoup de blanc et de beige. Elle aime se vêtir comme un homme, car cela entrave moins ses mouvements et limite ses risques de chute.
✥ Autre ? Une peau très pâle et quelques tâches de son sur les joues, elle supporte mal le soleil. Les oreilles percées de plusieurs trous.

Caractère

« Mes amis disent que je suis… » Très vive, parfois imprudente et un peu insolente, terriblement franche et désespérément loyale à ceux qui me sont chers.
« Mes ennemis me trouvent… » buttée, provocatrice, insupportable, rancunière, et tenace.
« La première impression qu’on a de moi, c’est… » un mélange bizarre entre l'éphémère, la fragilité et la force d'un brasier sauvage. Ce que je sais, c'est que mon regard fixe et vide tend à indisposer.
« En société, je suis... » bien élevée. Hélas, je suis contrainte de me tenir, mais je fuis comme la peste tout ce qui ressemble à une réception. Déjà, je n'y vois rien, alors les spectacles, très peu pour moi. Du fait de ce handicap, je ne suis pas une bonne danseuse non plus. Mon seul plaisir reste donc les soirées musicales à condition que le ménestrel soit excellent. J'ai, hélas encore, une excellente oreille et supporte mal les fausses notes. Quand je dois paraître aux yeux du monde j'essaye de ne pas trop parler (pour éviter les erreurs diplomatiques) et j'écoute plus que je ne participe.
« En privé, je suis… » Une espèce de feu follet. Parfois je rêve, parfois je cours/galope, je suis d'un naturel joyeux et enjoué. Je n'aime pas les entraves, qu'elles soient du corps ou de l'esprit, et je dédaigne les convenances. Ne vous étonnez donc pas qu'en privée je vous tutoie. Avec mes proches je peux même me montrer très tactile et affectueuse.
« Ma plus grande peur, c’est… » de devoir faire face à des forgisés. D'imposer ma volonté à un animal et de l'utiliser de nouveau, comme j'ai tendu à le faire avec Câline.
« Ce que je déteste… » la dépendance que j'ai à autrui. Je ne peux pas faire grand-chose seule, bien que j'aie appris à me diriger par écho-location, ce n'est pas une science exacte. Je n'aime pas, de manière générale, ceux qui abusent des autres, les contraignent. Qu'on me touche et qu'on bouge mes affaires sans me le demander avant. Je suis aveugle rappelez-vous ? Je n'ai pas les mêmes repères que vous.
« Ce que j’aime… » chanter, jouer de la musique, galoper avec ma jument le vent dans les cheveux, courir à l'aide d'un animal pour me guider (chien d'aveugle ou cheval d'aveugle, pas  travers le vif, plus jamais).
« Si j'avais un rêve... ? » Voir dans l'unique but de ne dépendre de personne d’autre que de moi-même, et parcourir le monde.


La magie et vous...

… ça fait deux ? Très loin de là !
✥ Êtes-vous sensible à l’Art ou au Vif ? Vifière depuis ma petite enfance
✥ Pratiquez-vous une autre forme de magie ? non
✥ Avez-vous une opinion sur l'Art ? L'idée qu'on puisse entrer à loisir dans ma tête et me faire faire des choses me déplaît fortement, mais l'usage de l'Art pour protéger nos terres est une bonne chose, je crois.
✥ Que pensez-vous des fidèles du prince Pie ? Des fanatiques complètement fous/des ignorants qui ternissent la réputation déjà pas reluisante du Vif. Leur utilisation de la magie du Vif m’écœure mais je crains que ce ne soit aussi le résultat d'années à isoler les détenteurs du vif qui n'ait créé cette situation. Le Lignage est méconnu même d'un grand nombre de vifiers, et contrairement à l'Art qui est bien vu et où il y a des maîtres et des clans, je pense que quelqu'un qui déclare le vif sans vifiers dans son entourage se retrouve isolé et sans doute désemparé, avec son instinct comme seul guide.
✥ Et des membres du Lignage ? J'en fais partie. Je suis vifière depuis mon enfance, peut-être parce que je suis aveugle, mon don s'est manifesté très tôt, après la mort du premier animal avec lequel j'ai eu un lien particulier, je n'ai pas pu cacher mon don à mes parents et mon père a pris mon éducation de vifière en main. Il a fait venir une de ses connaissances du Lignage dont la fille, Harmonie, est aujourd'hui ma camériste et mon amie : sa mère nous a enseigné son art à toutes les deux.
✥ Que pensez-vous des autres formes de magie ? Un peu méfiante vis à vis de la magie du feu (qu'elle ne voit pas...) elle est curieuse en ce qui concerne la magie des haies.
✥ Avez-vous des magiciens, des artiseurs ou des vifiers dans votre entourage ? Ma mère artise, mais son don est très faible. Mon aîné Chance est un bon artiseur, et mes autres petits frères ont sans doute l'Art ou le Vif dans le sang mais aucun ne l'a révélé à ma connaissance. Mon père est un vifier qui a suivi l'enseignement du Lignage et cache son don.  

Comment avez-vous découvert le Vif ?Je l'ai depuis l'enfance, je l'ai instinctivement développé pour palier à mon handicap physique, je suppose.
Le cachez-vous ? Oui, sauf à mon père, ma camériste Harmonie et aux membres du Lignage.
Vous a-t-on appris à le maîtriser ? oui, la mère de ma camériste est membre du Lignage, et m'a enseigné la maîtrise de mon don.
Avez-vous un compagnon ? Pas encore, non. J'ai eu un lien particulier avec une chatte nommée Câline, mais ce n'était pas un vrai lien de vif, d’autant que je lui imposais ma volonté et l'utilisais pour palier à mon handicap en voyant par ses yeux. Sa mort m'a sur le moment franchement secouée, pour ne pas dire traumatisée. J'ai plus d'affinités avec les félins (surtout sauvages, type lynx, puma) et les oiseaux de proie. J'apprécie également les chevaux.

Le bric-à-brac

Liberté est née à l'aube d'un jour d'hiver glacial peu après le solstice d'hiver, après une longue nuit de travail pour sa mère qui endura les souffrances de l'enfantement au son sifflant du blizzard d'une tempête de neige. A peine le nez pointé dehors, le nouveau-né s'époumona à qui mieux-mieux pour manifester sa venue au monde. Rousse comme Flamboyante, sa mère, le teint laiteux comme son père, Intrépide, le bébé ne pouvait renier ses origines, mais la sage-femme remarqua surtout que la petite fille avait le regard fixe et réagissait peu à certains stimuli. Le guérisseur confirma ce diagnostic quelques jours plus tard, et Liberté, ainsi nommée par sa mère, était bel et bien aveugle. Sa pupille devint rapidement opaque et un léger voile laiteux semble en permanence, depuis ce jour, recouvrir ses yeux.

Malgré ce handicap, la fillette se révéla digne de son nom, vive, joyeuse, pleine d'énergie et bien souvent intenable. A force d'aller asticoter son aîné, Chance, pour jouer avec lui, les deux enfants devinrent très proches, le frère trimbalant sa sœur partout avec lui, faute de pouvoir s'en débarrasser quand elle avait décidé qu'elle ne resterait pas seule. Ce fut une enfance heureuse, marquée par l'arrivée d’autres frères et sœurs, une cadette deux ans plus tard, nommée Aurore, puis des jumeaux et un petit dernier. Et si Aurore parvint à gagner l'affection de Liberté, libérant un peu de temps libre pour Chance, les trois derniers avaient trop d'écart avec leur sœur aînée pour en devenir vraiment proches.

Liberté, ne pouvant apprendre les lettres, fut confiée à un ménestrel qui lui fit apprendre par cœur des contes, des légendes, mais aussi l'histoire des six duchés. On la gardait loin des objets dangereux, mais le guérisseur lui enseigna à reconnaître les plantes au toucher et à l'odeur, celles qui soignaient comme celles qui pouvaient l'empoisonner. Liberté se montra une élève assidue... quand elle était intéressée par la leçon. Sinon, il était simplement impossible de lui apprendre quoi que ce soit. L'été devint d'ailleurs vite sa saison préférée, car elle pouvait alors sortir, seule, accompagnée seulement du vieux chien de chasse de son père, Cabot.

Liberté le cacha longtemps, mais très jeune, instinctivement, elle apprit à comprendre ce que voulaient les bêtes, et leur dire en retour ce qu'elle désirait. Son père étant un membre du Lignage, il ne s'en inquiéta pas, gardant de loin en loin un œil sur elle quand il était au château ducal de Belcastel. Flamboyante n'était pas une artiseuse suffisamment puissante pour détecter cela, et son attention se portait plus sur Chance et Aurore que sur Liberté, dont le handicap la dérangeait bien malgré elle.

La petite fille se prit d'affection pour une chatonne qu'elle nomma Câline, et un lien de vif, peu puissant cependant, se noua entre elles. Avec Câline, la fillette parcourait le château fort de Belcastel, ses jardins en terrasse accrochés à la grosse colline qui soutenait la ''capitale'' de Labour, voyant par ses yeux, développant ses autres sens à l'aide de l'animal. Elle apprit qu'elle pouvait fonctionner par écho-location d'abord avec un bâton puis en utilisant des claquement de langue secs pour visualiser les murs et les obstacles. L'été de ses huit ans, Câline eut un accident alors qu'elle traînait dans les écuries avec liberté. L'un des chevaux de guerre de son père, nerveux de nature et fatigué par une longue sortie, prit peur en voyant débarquer de nulle part -ou plutôt d'un tas de paille- la petite rouquine sous son nez, et se cabra et retombant, il put éviter la fillette mais pas la chatte qui se retrouva sous son sabot. Tuée sur le coup, le lien de vif se rompit et le choc qu'en ressentit Liberté la laissa hagarde pendant de longues heures. Intrépide, son père, n'était pas loin et fut averti de l'incident par son compagnon de lien.

Il fallut plusieurs mois pour que Liberté se face à l'absence que la mort de Câline avait généré en elle. Taciturne et calme, elle accueillit Constance et sa fille Harmonie sans vraiment manifester d'émotion. La femme et sa filles étaient de petite naissance, des connaissances de longue date du duc car la mère (et la fille) étaient vifières et appartenaient au Lignage. Constance fut  appointée gouvernante et préceptrice de Liberté à la place du ménestrel vieillissant, et peu à peu, la blessure causée par la perte de Câline cicatrisa et Liberté reprit son tempérament vif et taquin, s'étant trouvé en Harmonie une nouvelle compagne de jeu avec laquelle elle ne risquait pas de se lier. Constance enseigna aux deux fillettes enseigna aussi bien le savoir traditionnel des six-duchés que celui du Lignage.

Trois années passèrent sans heurt. Liberté ayant plus de temps libre que Chance et Aurore qui apprenaient les lettres, elle se perfectionna dans l'apprentissage des simples, de la botanique, et du soin des animaux, s'épanouissant dans l'atmosphère enjouée du château ducal qui comptait désormais six enfants ducaux.

Le malheur les frappa lors d'un hiver rigoureux et précoce, qui dissémina une épidémie de grippe dans le duché. Certaines villes et villages se virent mis en quarantaine par décret ducal, pour éviter la propagation de la maladie qui faisait de nombreuses victimes parmi les plus faibles : enfants, vieillards, infirmes. Le château de Belcastel ne fut pas épargné, pas plus que la famille Sangréal. Les deux fillettes tombèrent malades, et seule Liberté s'en sortit au prix de plusieurs semaines de rémission après quinze jours de fièvre intense. Mais comme pour tout désastre, le temps fit son affaire. La maladie recula et chacun fit le deuil de ses morts. Aurore fut inhumée et Liberté se retrouva être la seule fille du couple ducal.

Les enfants guérissent vite des maux que leur infligent l'existence.

Malgré la perte de leur sœur, les enfants Sangréal continuèrent de jouer ensemble, de rire, de grandir. Chance et Liberté restèrent très liés, et l'amitié entre la jeune rouquine et Harmonie grandit au point de les voir presqu'inséparables. Le temps aidant, Liberté devint une jolie jeune fille, avec un caractère bien trempé et enjoué, un peu fou parfois, tirant de sa mère des formes généreuses ainsi que le roux vif et profond de ses cheveux, entretenus à la garance et à la décoction d'hibiscus pour des teintes encore plus flamboyantes, et de son père elle avait la silhouette élancée et musclée, nerveuse, de ceux qui vivent leur vie au maximum. Vint le temps d'ailleurs pour Intrépide de laisser à Chance l'occasion de faire ses preuves et de se faire une réputation, et il décida de l'envoyer représenter Labour à la cour du roi. Il profita de l'occasion pour envoyer Liberté à la cour et lui faire non seulement changer d'air, mais surtout acquérir les manières qui convenaient à son rang -du moins espérait-il que ce soit possible. Harmonie se lia à hermine qui logeait dans le grenier du silo à grains peu avant d'épouser l'un des frères d'armes de Chance, et le couple suivit leurs amis et maîtres Sangréal.

Un petit convoi de chevaliers qui avaient grandi avec Chance comprenant aussi Liberté et Harmonie quitta donc Labour dès que les routes furent praticables et se dirigea vers Castelcerf. La jeune aveugle emmenait avec elle Sibel, une chienne berger des montagnes au poil ivoire long et touffu, massive, et élevée pour lui servir de guide (et de garde du corps vu sa corpulence*).

* type Patou des Pyrénées

Derrière l'écran

◆ Pseudo : Eleriel
◆ Comment avez-vous découvert le forum ? Google : « rpg forum robin hobb six duchés »
◆ Un avis, des questions ? RAS
◆ Voulez-vous être parrainé ? éventuellement le temps de me familiariser avec le forum
◆ Multicomptes : non pas encore (mais tellement probable qu'un jour ce soit le cas !)
◆ Partant pour un défi rp ? Oh que oui !
◆ Team Tymie ou Team Courage ? facultatif Heu, j'ai pas tout suivi là...



Dernière édition par Liberté Sangréal le Jeu 18 Sep - 12:09, édité 10 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

AuteurMessage
MessageSujet: Re: Liberté Sangréal, de Labour (finie)   Mer 17 Sep - 22:24

Liberté Sangréal
Noble de Labour
Noble de Labour


En savoir plus


« Untel est pris qui croyait prendre.
Seigneurs restez à vous détendre,
Et que puisse mon conte apprendre
Aux grands impatients à attendre.

Était dans un marais un gros crapaud fort laid,
Et qui la nuit chantait d'une voix enrouée
Mille et une prouesses que nul n'écoutait.
Avide de pouvoir, du regard de ses pairs
Ainsi que de bijoux en précieuses matières,
Il partit un jour sans un regard en arrière[...] »



Liberté fit taire son ennui tant bien que mal. En retrait dans le petit salon où la Reine Patience tenait, ce soir, pour les Dames de la Cour, un récital des fables populaires chantées par quelque ménestrel qui avait ''ses'' faveurs, la jeune Labourane s'ennuyait ferme. Elle avait l’ouïe trop fine pour ne pas percevoir les légers décalages de rythme, ou l'approximation des accords. Mais l'homme avait le bras long, et on ne refusait jamais à un puissant vassal quand il vous faisait la grâce -discutable- de vous prêter son barde attitré pour une soirée. Cet homme-là en tous cas devait haïr ses suzerains, ou avoir une oreille musicale se bornant à reconnaître un homme d'une femme quand un chant atteignait ses écoutilles. Gigotant un peu dans son siège, Liberté se demanda combien de temps encore serait nécessaire pour qu'elle puisse invoquer la fatigue et se retirer. Elle avait déjà épuisé la carte de l'urgent besoin de s'isoler, et sa voisine, une certaine Aube, l'avait accompagnée avec toute la pitié mielleuse des courtisans pour le handicap qu'elle ne cherchait pas à cacher. Il n'aurait pas fallu qu'elle tombe dans les escaliers et se rompe le cou ! Avait gloussé cette importune compagne avant d'enfin la laisser seule, dans le silence, quelques minutes. Comme si Sibel ressemblait à un chien de décoration.

Et parlant de chiens... la mode à la cour était aux minuscules canidés. Plus ils aboyaient fort, plus ils avaient de poils, et plus ils plaisaient. Le soucis, c'était quand ces minuscules bêtes, à peine de la taille d'un chat, se mettaient en tête de grogner après sa grosse chienne de troupeau. Liberté avait eu bien du mal à éviter l'incident diplomatique quand Sibel répondit à la hargne d'un de ces roquets en le prenant dans sa gueule. Elle entendait encore le cri choqué de la vieille dame qui avait cru la dernière heure de son petit compagnon arrivée. Heureusement, Eda soit louée, la grosse chienne de berger était docile et bien dressée, et d'un mot de Liberté elle lâcha sa proie effrayée. Depuis, celles qui arboraient fièrement dans leur manchon ces caniches et autres bichons l'évitaient comme la peste et faisaient courir bien des rumeurs sur son nom.

La principale était évidemment qu'elle était une vifière, voire même une disciple de Pie et qu'elle n'attendait que son heure pour poignarder leur bon roi dans le dos, et sa douce épouse également. Liberté se moquait bien de ces qu'en dira-t-on. Insouciante encore et trop habituée à ce genre de ragots pour s'en inquiéter, elle continuait son chemin comme si de rien n'était. Elle n'avait pas honte de sa magie et croyait, ou du moins espérait fortement, en outre, que nul ne l'avait découverte à ce jour. Elle n'utilisait plus du tout le vif depuis que Chance et elle étaient arrivés en vue de Castelcerf. N'étant plus ici protégée par la politique très laxiste des Sangréal sur les vifiers, elle avait redoublé de vigilance, enfermant au fond d'elle-même ce don qu'elle aimait mais qui effrayait tant.

On applaudit dans la salle. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vraiment fait attention au dénouement de cette fable qu'elle ne connaissait pas, mais qui était chantée de manière si ennuyeuse qu'elle retenait à grand peine ses bâillements. A entendre les murmures extatiques de certaines et les gloussements des autres, elle avait compris que le principal attrait de ce ménestrel était un physique des plus avantageux. Une oreille normale appréciait sans doute sa voix, qu'il avait belle, mais si mal accordée à sa cithare. Un luth aurait mieux convenu, ou une harpe.

On se leva, bougea autour d'elle, comme une pause était gracieusement offerte au musicien. Liberté suivit le mouvement mais choisit de se glisser le long d'une tapisserie un peu poussiéreuse, peu désireuse de se retrouver chahutée par celles qui requéraient l'attention du ménestrel ou celles, plus nombreuses encore, qui avaient hâte de grignoter une pâtisserie faite spécialement pour l'occasion. La fête du printemps pouvait être passée, les beignets de rose et gâteaux au miel et à la violette faisaient fureur en cette saison.

« Liberté, ma petite, ne restez-donc pas à l'écart ! Voulez-vous une friandise, un verre de vin de pomme de votre pays peut-être ? » l'apostropha la voix chevrotante de la vieille Aimable de Petival, une proche parente de la branche royale des Loinvoyant.

Liberté sourit en direction de la voix, et se laissa guider jusqu'à l'ancêtre par sa chienne, prenant au passage le verre qu'on lui mit dans la main. Aimable était la grand-mère de l'un des artiseurs les plus influents et puissants du clan du Roi, après Maîtresse Eliée, évidemment. Et si le jeune homme ambitieux donnait la chair de poule à la labourane, sa grand-mère portait son nom à merveille et était de ces vieilles gens que la vie ennuie souvent, et qui cherchent la compagnie plus fraîche de jeunes venu(e)s pour passer les longues heures qui leur restent à vivre.

« Dame Aimable, vous lisez en moi comme dans un livre ouvert, » répondit liberté d'un ton gourmand en trempant les lèvres dans le breuvage acidulé. « Je dois avouer que ce sont de petits riens insignifiants comme cela qui me font plus facilement passer le mal du pays. » La rouquine se mordilla la lèvre. « Pas que la cour de Sa Majesté me déplaise...
- Mais vous quittez le nid pour la première fois, évidemment que tout cela vous manque. D'autant que pour vous, certains repères sont primordiaux, je suppose.
- C'est cela, oui, acquiesça Liberté. A Belcastel je n'avais pas besoin de Sibel en permanence, et je ne gênais plus personne avec mes yeux morts.
- Bah, laissez-faire, ma petite. Ils s'y habitueront avant que vous ne recouvriez la vue ! contrecarra doctement la petite vieille. Mon petit-fils m'a assurée qu'il vous trouvait délicieuse, quand bien même on ne sait jamais trop où vous regardez. Mais vous ne regardez pas, c'est bien que ce les jeunes doivent comprendre. Enfin, Audacieux vous a en son estime, et Eda sait qu'il fait la fine bouche quand le beau sexe est impliqué ! »

Vieille, et marieuse. Comme beaucoup de personnes âgées. Qu'Audacieux de Petival la trouve à son goût aurait fort étonné Liberté, considérant que la première chose qu'il avait faite en la voyant, alors qu'elle se promenait en compagnie d'Harmonie et de Sibel, fut de la sonder avec son art de la tête aux pieds, sans la moindre politesse et avec une suspicion qu'il ne cacha pas dans ses paroles à double tranchant. Bien que leurs magies soient différentes, elles ''tiraient'' sur les sens surnaturels de ceux qui étaient dotés de l'un ou de l'autre quand elles étaient pratiquées avec aussi peu de discrétion. Peut-être avait-il cherché à l'impressionner, ou à la déstabiliser ? L'aveugle fit sur le moment comme si elle n'avait rien sentit, bien qu'en son for intérieur elle eut l'impression d'avoir été violée. Toutefois, il n'était pas à écarter que l'influence de la famille ducale et la position de Liberté, deuxième en ligne pour hériter du duché, étaient des atouts qui auraient séduit quand bien même elle eut été horriblement laide et repoussante en plus d'handicapée. Et l'ambition démesurée d'Audacieux, couplée à une intelligence qu'elle devinait retorse, pouvait bien la trouver « délicieuse », mais d'une toute autre manière que sa grand-mère l'imaginait.

Le ménestrel s’éclaircit la voix, et se mit de nouveau à déclamer avec une lenteur horrible, en s'arrêtant à chaque fin de vers. Mais quel était le maître de cet abruti qu'elle le fasse écorcher vif ? Voulant briller en société, il récitait comme un écolier et entrainait quelques demoiselles dans une joute verbale toute en vers devant décrire une personne sans jamais la nommer. Orgueil et vanité, car aucun des participants n'avait assez de talent pour rendre cet échange agréable à entendre. N'y tenant plus, et songeant qu'elle ne risquait pas de faire pire que ces fats, Liberté y mit son grain de sel, se joignant avec une apparente innocence aux admiratrices :

« Il était un corbeau qui se croyait rossignol,
et qui allait jusqu'à en imiter le vol.
Vint un jour où ouvrant son large bec,
Un chant dur et rauque lui échappa
qui d'horreur fit taire jusqu'aux insectes
et l'ampleur de son échec lui montra...

- Demoiselle, de qui parlez-vous ? L'interrompit le ménestrel avant qu'elle n'eut fini.
- D'un parangon, messire, pour qui l'approximation des accords n'est pas un frein à l'ambition dévorante qu'il nourrit. Et qui, à dire vrai, récite ses vers à peine aussi bien qu'un jeune écolier, et pourtant se fait applaudir bien volontiers sans rougir de ses faiblesses comme s'il était un grand maître.
- Dame Liberté ! S'étouffa sa voisine.
- Vous avez raison, je crois la fatigue me prend, et la tête me tourne. Mieux vaut pour moi prendre un peu l'air et apaiser mes oreilles avec le calme chant nocturne. Hélas mon ouïe est bien trop développé pour ne pas me donner la migraine à la fin d'une telle soirée. »

Elle leur fit une révérence et ordonna à sa chienne de la mener hors de la pièce, après s'être excusée auprès de la souveraine, prétextant non sans raison que le brouhaha devenait trop lourd pour ses sens et qu'elle avait besoin d'un peu de calme. Refusant toute escorte, elle s'engagea dans les couloirs, la respiration de sa compagne à quatre pattes rythmant l'écho de ses pas dans les couloirs froids, où elle sentait à intervalles réguliers la chaleur du feu sur ses joues. Des torches les éclairaient, de plus en plus espacées comme elle montait dans la tour menant au Jardin de la Reine. Une présence se fit sentir, le son régulier et léger de pas jeunes sur le granit des dalles de l'escalier, descendant dudit jardin, qui à dire vrai était surtout une terrasse aménagée de végétation luxuriante et de bancs discrets, de tonnelles et d'une immense serre pour les plantes les plus exotiques, et que Dame Sévère entretenait, suivant la tradition des Loinvoyant.

L'homme s'arrêta, et Liberté sentit de nouveau ce frisson caractéristique de l'utilisation magique, sans pour autant être capable de dire ce qui se passait. L'Art. Ce contact indiscret, elle ne le connaissait que trop bien. Pourquoi fallait-il qu'Audacieux la sonde à chaque fois qu'il la voyait avec sa chienne ? S'arrêtant, elle fixa la direction où elle avait perçu les derniers bruits indiquant la présence de l'artiseur, attendant qu'il fasse le premier geste vers elle, comme il se devait. Un geste physique, annonçant sa présence, ce qui était d'autant plus courtois vis-à-vis d'elle et de son handicap. Elle entendit les froufrous de ses vêtements, sans doute du velours de soie, à ce chuintement sensuel caractéristique, et de nouveau il descendit quelques marches.

« Vous percevez merveilleusement la présence des gens, ma demoiselle. Je vous souhaite le bonsoir, Liberté, passez-vous une agréable soirée ? » lança-t-il en s'arrêtant, elle le supposait, à quelques marches d'elle, restant en hauteur, position dominante, et l'obligeant ainsi à lever la tête si elle voulait le ''regarder'', du moins fixer le point d'origine de sa voix. Hautement impoli et pourtant, difficile de le lui reprocher. La jeune femme et sa chienne prenaient une grande partie de l'espace de l'escalier en colimaçon, et il pouvait très bien prétexter ne pas pouvoir passer ou craindre de tomber. Habile et dominateur, ambitieux au possible et ne reculant devant rien pour atteindre son but, voilà comment Liberté percevait ce noble qui devait être d'une dizaine d'années son aîné, à peine. Elle répondit d'une petite révérence simplement polie à ces paroles à double tranchant.

« Mon ouïe est plus affûtée que celle des voyants, je me dirige grâce à elle, messire Petival. » Elle évita soigneusement de mentionner sa chienne-guide. Elle n'avait pas encore rencontré qui que ce soit qui ait dressé un animal de la sorte, pourtant, au maître de chenil de Belcastel, à son père et à elle-même, cela avait semblé être l'évidence même. Intrépide d'ailleurs attendait que Sibel ait des petits pour en dresser un ou deux autres, au cas où il arriverait quelque chose à leur mère. « La foule vous pèse-t-elle que je vous rencontre ainsi en solitaire revenant du jardin de la Reine ? »

Ce n'était pas vraiment un lieu apprécié pour les rendez-vous galants. Certes, à cette heure, il était déserté des jeunes femmes de l'entourage de Dame Patience, mais la nuit il était battu par tous les vents, et les nobles demoiselles qui aimaient qu'on leur conte fleurette n'appréciaient que rarement la fraîcheur de l'air du soir sur le décolleté de leurs robes ou leurs nuques graciles. Sans parler du fait que l'aquilon risquait de décoiffer les chignons pleins de tresses, de boucles, que leurs servantes s'évertuaient à monter sur leurs têtes tous les matins.

« Non, du tout, et je vous prie, appelez moi Audacieux. Si vous me l'autorisez, bien sûr, j'aimerais à vous rendre la pareille et vous appeler Liberté, en toute simplicité. Les formules de politesse sont vaines pour vous, vous les transcendez, ajouta-t-il avant qu'elle ne put prendre ses paroles comme un affront sous couvert de miel.
- Ce sera très bien, Audacieux. L'air est-il bien pur et vif dans le jardin ? Y entend-on le rossignol et l'effraie, ou plutôt les mouettes égailler l'air de leurs trilles ? Demanda-t-elle, feignant d'être d'humeur badine.
- Tout à fait, me permettrez-vous de vous y accompagner ? Vous ne devriez pas rester seule ainsi.
- Ce serait avec plaisir, » mentit Liberté en reprenant son ascension.

Quand elle fut au niveau de l'artiseur, elle entendit, sentit le mouvement de son bras et quelques claquements de langue lui permirent de visualiser sa position. Elle prit délicatement l'appui offert, et lâcha Sibel, lui faisant signe de la main de ''suivre''. La chienne prit donc leur suite, quelque peu en retrait. Elle n'avait pas conscience que le dressage très aboutit de sa compagne canine ressemblait plus à de la magie qu'à une simple conséquence de longues années de travail avec une bête de grande qualité, puisqu'elle n'utilisait pas ou peu la voix.

« Votre chienne est impressionnante, c'est comme si elle comprenait ce que vous attendez d'elle sans que vous n'ayez à le dire, commença Audacieux, et Liberté était assez habile pour voir qu'il cherchait une prise sur elle.
- Détrompez-vous très cher, je lui dis ce qu'elle doit faire. Mais avec les années de travail et de dressage, certains gestes très précis suffisent.
- On a du mal à le croire, pourtant, et avec toutes ces rumeurs sur le vif...
- Je comprends votre inquiétude, elle est bien fondée. Cependant, avec de la patience et beaucoup de travail, tout le monde peut obtenir ce résultat. Et il m'es plus commode d'avoir une chienne à mes côtés qu'une suivante qui pourrait épier mes moindres faits et gestes. »

Ils sortirent sur le toit-terrasse qui était le Jardin de la Reine. En ce début de printemps, les fleurs commençaient à s'épanouir, et bientôt les premières roses écloraient. Audacieux ne lâcherait pas l'affaire aussi vite, elle le savait. Pas après l'avoir sondée. Il n'était pas censé avoir pu sentir son vif qu'elle gardait caché et très peu visible même à d'autres membres du Lignage, mais elle refusait d'exclure cette possibilité sous prétexte que c'était peu probable. Ce jeune loup avait beaucoup à gagner à la dénoncer au Roi, car si elle était reconnue vifière, le nom des Sangréal serait entaché par le doute, et le Roi pouvait exiger que toute sa famille soit testée. Hors son père, l'actuel duc, était au moins aussi puissant dans l'art de la magie des bêtes qu'elle-même... et si Intrépide était reconnu vifier, leur dynastie tomberait, car leur sang serait impur. Peut-être même qu'Audacieux pourrait demander à épouser sa mère, une Loinvoyant, pour s'asseoir sur le trône ducal. Flamboyante après tout pouvait encore enfanter, elle n'avait pas quarante-cinq ans et artiseuse bien que peu puissante, sa longévité et sa fertilité étaient meilleures. Labour était le plus petit des six duchés, mais il était riche et fort d'un système économique prolifique, à l'instar de Bauge. Duchés de l'intérieur, ils n'avaient pas à craindre les pirates rouges ni les forgisations, et les impôts pouvaient être utilisés à des fins moins précaires que la levée d'armées et de milices pour protéger les côtes.  

« Pourtant, Liberté, je connais votre secret. Vous êtes vifière, ma chère, » asséna-t-il avec calme comme ils approchaient du bord crénelé de la tour. Liberté essaya de ne pas laisser paraître son angoisse, et après un moment de surprise, elle décida d'opter pour un rire léger.
« Allons bon ! En plus d'être aveugle, il faudrait que j'aie cette tare en plus ! Vraiment, messire de Petival, ne croyez-vous pas que ma cécité est suffisante ?
- Elle vous rend d'autant plus délicieuse, car vous ne jugez pas sur les apparences. Non, c'est votre chienne qui me l'a dit...
- Si Sibel vous parle, c'est que vous avez le vif, en plus d'être, je le sais, un artiseur puissant.
- Elle parle par son attitude, son calme quoi qu'il arrive, ses réactions toujours à propos... et en plus de cela, mon Art sent quelque chose en vous... une magie qui n'est pas de l'Art. Mais qui est très forte, et habilement cachée.
- Je crains que vous ne nourrissiez de faux espoirs, soupira Liberté. Si j'avais le vif, je me serais liée à un animal pour voir par ses yeux, » contrecarra un peu désespérément la jeune femme.

Elle sentait sur elle le regard scrutateur de l'artiseur, pouvait sentir dans ses veines sa jubilation, car Liberté n'était pas suffisamment experte à cacher ses émotions pour ne pas laisser transpirer quelques détails qui mis bout à bout trahiraient qu'il avait vu juste. Elle essayait de centrer ses pensées sur autre chose qu'enfermer sa magie au plus profond d'elle-même, et pourtant, la peur réveillait la magie des bêtes. Elle n'était certes pas liée, cela ne l'empêchait pas d'avoir un instinct animal, primaire, très développé. Elle avait en cet instant violemment envie de lui arracher les yeux, de le mordre, de l'étrangler, de détruire cette menace à son intégrité, à sa tranquillité. Et ce besoin n'était pas des plus simples à réfréner. Elle voulait protéger sa famille en se protégeant elle-même.

« En fait, je me fiche de savoir si j'ai raison ou non. La vérité, c'est qu'on s'étonne déjà sur votre autonomie malgré votre cécité, et que votre affection pour les animaux, ce don que vous semblez avoir avec eux et dont toute la cour, depuis la dernière chasse où votre faucon s'est illustré en ramenant le plus de gibier en parfaite coordination avec vos chiens, n'a fait que renforcer cette idée. Les gens sont tellement prompts à croire à un mensonge si cela peut servir leurs intérêts ou légitimer une jalousie. Vous êtes non seulement belle, mais aussi instruite, bonne cavalière, excellente chasseresse... et pourtant vous êtes aveugle, sa voix s'éteignit bien que le ton disait qu'il n'en avait pas fini.
- Où voulez-vous en venir ? Demanda Liberté avec sécheresse, car vanter ses mérites n'était pas exactement le meilleur moyen d'adoucir son caractère.
- Si je renforce les rumeurs, moi, un artiseur ayant déjà fait ses preuves, ayant sa place à la cour, un cousin éloigné du Roi... vous êtes perdue. Et si je mets la maîtresse d'art sur votre dos... votre frère ne pourra pas vous protéger d'elle. Pas plus qu'il le pourra de moi, à dire vrai. » Elle l'entendit marcher, tourner autour d'elle comme un loup autour de l'agneau qu'il a décidé de croquer, comme le faucon haut dans les airs au-dessus du faisan qui vole en toute quiétude. Elle sentait le piège se renfermer. N'avait-elle aucune échappatoire ? Elle le laissa poursuivre, tournant sur elle-même au son des pas qui lui parvenaient. « Mais je peux aussi assurer que ces rumeurs ne sont que balivernes, vous introduire auprès de partis dignes de vous, de jeunes femmes de bonne compagnie qui ne pourront pas détecter cette... tare, comme vous le disiez si justement. Je peux aussi aider votre frère. Vous êtes très proches je crois, et il est artiseur, lui. L'enseignement de maîtresse Ormblanc lui serait des plus bénéfiques, et le rapprocherait de Sa Majesté. Sans parler du fait que depuis des années je fais des recherches sur les applications thérapeutiques de l'Art. N'aimeriez-vous pas recouvrer la vue ?
- Que voulez-vous ? demanda-t-elle un peu précipitamment, son coeur battant malgré elle à l'idée de voir, d'être enfin libre. Mais était-ce une vraie liberté ?
- Ah, vous reconnaissez donc...
- Non, du tout. Mais comme vous l'avez dit, la vérité a bien peu de poids dans l'affaire qui nous concerne.
- Elle va en avoir. Trouvez les vifiers qui infestent la cour, rejoignez leurs rangs, découvrez leurs plans, et informez-m'en lors de rendez-vous que je vous fixerai. Vous ferez des jalouse, je courtise peu de femmes, mais suis très en vue. En échange, je m'assurerai que nul ne vous inquiètera plus, et j'utiliserai toutes mes ressources pour vous rendre la vue. Dans le cas où vous n’obéiriez pas, votre réputation et celle des Sangréal ne tiendra pas deux semaines, avant que le roi ne vous mette dehors, ou que vous ne soyez menée au bûcher. Je suis certain que les flammes doivent rendre à merveille sur votre chevelure, et quelque chose lui disait que ce spectacle-là ne serait pas pour déplaire à Audacieux. Elle en frissonna d'horreur.
- Je n'ai pas le vif, répondit-elle platement. Alors comment pourrais-je savoir qui est vifier de qui ne l'est pas ? »

Dénoncer les vifiers ? Impossible. Pas même en échange de sa vie. Mais pour sa famille ? Non, son père serait horrifié si elle trahissait ainsi sa ''famille magique'', qui était d'ores et déjà en péril partout dans le royaume. Elle semblait impassible, du moins essayait-elle de croire qu'elle présentait un visage serein et calme. Il n'en était rien. Son tumulte intérieur avait retiré le sang de son visage, la faisant paraître blême sous la lune qui se voilait de lourds nuages. Elle balaya rapidement les possibilités qui s'offraient à elle. S'ouvrir de ce chantage à Chance serait un bon début, mais ne réglerait pas la question. Elle recula d'un pas, buta contre la pierre d'une crénelure. Elle sentait le vide dans son dos, fit un pas de côté pour mettre un peu de distance entre le vide et elle. Puis l'évidence vint à elle. Elle ne serait pas libre de ce chantage tant que cet homme serait en vie. Et rien ne lui garantissait qu'il tiendrait promesse quand il aurait acquis ce que ces dénonciations devaient sans doute lui apporter : une place de choix, de conseiller intime du Roi. Même elle comprenait le manège. Juste avait pour réputation de ne pas porter la magie des bêtes dans son cœur. Lui amener des vifiers sur un plateau, en plus d'être un artiseur puissant, offrirait à Audacieux l'oreille du Roi, une oreille attentive, confiante... une place de pouvoir qui restait vide actuellement, celle de conseiller privé de Sa Majesté.

« Vous l'avez. Je le sais, je le sens. Comme vous pouvez sans doute percevoir que j'ai l'Art. Ne me décevez pas, belle Liberté, je vous récompenserai. Servez-moi, Liberté, et un jour, vous verrez. »

La voix d'Audacieux la ramena à elle juste à temps pour le sentir tout proche, trop proche. Tout se passa alors en un éclair. Sibel, restée près de la porte menant aux escaliers et dressée pour empêcher les inconnus de s'approcher de trop près de Liberté, ce qui la déstabilisait toujours, accourut en aboyant quand les lèvres du maître chanteur se posèrent sur celles de sa victime. Liberté, qui recevait là son premier baiser non chaste, eut un mouvement de recul en cherchant à se dégager de cette étreinte malvenue mais surtout, elle repoussa son agresseur de toute la puissance de son vif. Il ne devait pas s'y attendre, il ignorait sans doute cette capacité car Audacieux fut incapable de contrer cette attaque nourrie du choc et de la peur de la jeune femme. Le mouvement d'ensemble le propulsa par-delà le parapet du crénelage. Tout cela se passa si vite ! Un instant, l'homme était là, orgueilleux, méprisant, sûr de lui, allant jusqu'à abuser d'une jeune femme somme toute relativement innocente des jeux de la séduction après en avoir fait sa victime par le chantage, et la seconde d'après, un bruit mat dans la cour des domestiques, un bruit horrible, le craquement des os, le crâne se rompant sur les pavés, le corps réduit en charpie par la hauteur de la chute. Audacieux n'était plus. Le vif ne mentait pas, elle sentit la brutalité avec laquelle la vie cessa dans le corps de l'homme, en une fraction de seconde. Liberté avait tué par mégarde le premier homme qu'elle avait envisagé d'éliminer, mais plus que cela, elle vivait pour la première fois la mort d'un humain, étant trop malade à l'époque pour ressentir par le vif le décès de sa cadette pendant l'épidémie de grippe.

La panique s'empara d'elle. Qu'allait-elle faire ? A qui se confier ? Pouvait-elle fuir ? L'heure tardive et la fraîcheur encore présente dans ces nuits de printemps gardaient pour le moment le cadavre à l'ombre, mais quand on le découvrirait ? Et les mzembres du Clan d'Art devaient l'avoir senti, devaient d'être mis en branle pour chercher le corps, et le meurtrier. Avait-il attrapé ses cheveux, soit-disant si reconnaissables ? Personne ne l'avait vue monter à la tour avec Audacieux, car elle n'avait pas croisé âme qui vive au début de son ascension, et nul n'était présent dans le Jardin de la Reine. Une truffe humide se frotta contre sa joue. Liberté était tombée à genoux sous le choc, sans même s'en apercevoir.

« Sibel... oh ! Sibel, que vais-je faire ?! » demanda-t-elle à sa chienne, emplie de désespoir. Tous les vifiers du palais avaient sans doute senti, plus ou moins, sa violente décharge de vif contre Audacieux. Certains moins scrupuleux que d'autres, s'ils la démasquaient, pourraient très bien la vendre du Roi contre quelques piécettes. Et elle ne pouvait pas ignorer les artiseurs, qui, bien que non sensibles au vif, pourraient sans doute se douter de quelque chose. Était-elle donc bien perdue ? Devait-elle prétexter se sentir trop mal à la cour et retourner se terrer à Labour ? Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, la sécurité du château familial, les sources chaudes de la ville, la campagne qui bordait l'enceinte nouvelle, tout cela lui manqua cruellement en cet instant, et elle ne put retenir ses larmes. Désemparée, elle se mit à sangloter dans la fourrure soyeuse de sa chienne, sans prêter attention au froid, au vent, à son entourage. Elle n'avait pas été à la hauteur, elle n'avait pas pu maîtriser suffisamment son vif, ses émotions, elle avait mené tous les espoirs de ses parents à leur perte, peut-être même condamné l'avenir de son frère !

« Chance... aide-moi, pardonne-moi, » continua-t-elle à sangloter alors qu'en bas, un homme découvrait le corps qui déjà, avait refroidit. Pour couronner le tout, une averse orageuse choisit ce moment pour éclater. On appela la garde, fit prévenir la maisonnée Petival présente, et les membres du clan du roi accouraient en contrebas de la tour. Mais elle, seule toute en haut de cette maudite tout, elle avait peur, seulement peur. Et elle se sentait si sale, si souillée ! Et dans sa tête, les misérables vers résonnaient pleins de cynisme :



[...]Face à l'Effraie blessée et sans défense
Sûr de lui, menaçant, Crapaud s'avance,
Et laissant là ses leçons de patience,
Dans le bec de sa victime il s'élance.

Ô grands impatients sachez donc entendre
Votre Raison qui demande d'attendre,
Car bien souvent est pris qui croyait prendre.



_____________________________


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Liberté Sangréal, de Labour (finie)   Jeu 16 Oct - 17:05

Courage Hardod

Noble de Rippon
Baron de Forbaie

Noble de RipponBaron de Forbaie
avatar

En savoir plus

Merci de t'être prêtée au jeu du défi rp !

Promis, si Courage rencontre Liberté, il ne tentera pas de l'embrasser sans sa permission :mr.green:
Tu as une superbe plume et c'est super agréable de te lire !

Les points sont répartis comme suit :

2 de participation
2 d'orthographe
2 pour le style
2 pour le contenu
2 pour la longueur

Ce qui te fait 10 points à aller réclamer au bon endroit !

:pompom: Félicitations et encore bravo :pompom:






***



***



***

& &

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Liberté Sangréal, de Labour (finie)   Jeu 16 Oct - 17:18

Liberté Sangréal
Noble de Labour
Noble de Labour
avatar

En savoir plus

Merci Courage

Liberté ne doute pas que tu ne feras pas preuve d'autant d'indélicatesse. Et ce serait un plaisir de te croiser en jeu :123:
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Liberté Sangréal, de Labour (finie)   

Contenu sponsorisé



En savoir plus

Revenir en haut Aller en bas
 
Liberté Sangréal, de Labour (finie)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Fort-Liberté, une potentialité touristique
» Aimé Césaire, la liberté pour horizon
» 25 septembre 1991, Aristide à L'ONU : Liberté ou la mort !
» les chemins de la liberté
» [Power Down] La liberté s'allume dans les ténèbres...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Six-Duchés :: Bienvenue dans les Duchés :: Le Chant des Bardes :: Par le Sang de mes Ancêtres :: Fiches validées :: Nobles-
Sauter vers: