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 Lune de Forge

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MessageSujet: Lune de Forge   Dim 8 Juin - 20:16

Lune de Forge
Civil de Cerf
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Lune de Forge
Identité
✥ Âge : 31 ans
✥ Origine : Forge
✥ Classe sociale : Roturier
✥ Profession : Plus grand chose de probant ces derniers temps...(Femme de minier, elle travaillait elle-même en surface)
✥ Actuellement : L'île de l'Andouiller
STATS
Distribuez 50 points de départ en suivant les instructions ici.
MAGIE : 0 ✥ FORCE : 8 ✥ PRÉCISION : 6 ✥ ENDURANCE : 11 ✥ INTELLIGENCE : 8 ✥ PERCEPTION : 8 ✥ CHARISME : 9

Le Royaume et vous...
✥ Êtes-vous originaire des Six-Duchés ? Évidemment !
✥ Ah ? D’où venez-vous exactement ? Ça a pas été dit plus haut déjà... ?
✥ Êtes vous sensible à la politique des Loinvoyant ? Dans quel domaine vous entendez ? Pour faire des trucs dans leur coin, ils sont forts c'est sur... mais s'intéresser aux p'tites gens ça semble bien plus compliqué !
✥ Peut-être ne vous intéressez-vous pas à ces choses-là, mais quel Duché a votre préférence ? C'est quoi c't question ? La terre où j'suis née est la meilleure ; c'est bien dommage que certains en doutent et ne fassent rien pour qu'elle soit mieux protégée !
✥ Que pensez-vous de nos voisins ? Les seuls qui m'importent sont ceux qui doivent disparaître, mourir, crever, être anéantis, mis en miettes, en mille morceaux. (Quand tout allait bien, elle aurait eu un autre discours, plus conciliant envers les peuples des Montagnes ou d'au-delà des mers... C'étaient, et ce sont toujours,des partenaires intéressants pour le royaume et les échanges avec eux permettent d'améliorer le quotidien même des petites gens.)
✥ Vous considéreriez-vous comme un grand fan de la famille royale ? Pourquoi ? Une fan... mais bien sur... Ça faisait longtemps que j'en avais pas entendu une bonne comme celle-là ! (Ici, même combat. Avant l'attaque de Forge, elle était satisfaite de son statut, de son rôle dans la société mise en place par la famille royale)
✥ Votre avis vis-à-vis de la situation politique actuelle ? Vous voulez vraiment que je m'étende là-dessus... ?  (c'est un sujet sensible que celui-ci... vous avez des heures devant vous pour qu'elle vous déballe tout ce qu'elle a sur le cœur à propos des Forgisés et des Pirates Rouges ?)
✥ Au fait, vous avez un titre ? J'entends des « la folle » dans mon dos... Qu'ils aient au moins le courage de le dire en face ces petits faiblards !


Physique

✥ Yeux : Bleu grisé, ils oscillent entre les deux couleurs selon la lumière. Par temps gris, ils sont plutôt gris et par temps clair... (il n'est pas vraiment besoin de finir cette phrase). Quelque soit l'éclairage, ils ont cependant une chose immuable : l'expression du vide immense qui lui emplit le cœur.
✥ Cheveux : D'un blond tendre comme les blés, ou plus précisément comme la paille, elle les a longs. Attachés en tresses ou queue de cheval rapides, ils ont perdu leur brillance originale et semblent bien plus ternes depuis quelques temps.
✥ Silhouette : 1m68, 62 kg ; Elle est une belle femme, son corps façonné par des années de travail tout en ayant conservé des formes typiquement féminines qui faisaient le plaisir de son mari. Sa démarche est maintenant légèrement différente : plus ferme et déterminée tout en montrant des instants de faiblesse (jambes flageolantes, mains tremblantes, tout maux lié à la fatigue...)
✥ Habitudes vestimentaires :Que lui importe désormais de se faire un tant soit peu belle... qui la regardera jamais avec ses yeux à lui ? De toute façon, sa garde-robe n'est plus qu'un tas de cendres dans les décombres de son ancienne maison.
Aujourd'hui, Lune se contente de ce qu'elle a trouvé ; des vêtements plus proches des fripes que des tenues des beaux jours. Pantalons recousus, bottes hautes et crottées, surcots de cuir usés sur des chemises aux couleurs délavées. Elle remet sans cesse les mêmes habits qu'elle lave là où elle peut et qu'elle remballe dans son paquetage de fortune.
✥ Autre ? Elle porte également un couteau de chasse à sa ceinture.

Caractère

« Mes amis disent que je suis… » Mes amis sont morts ou incapables de vous répondre... (Ils auraient pu dire que c'est une femme agréable, avenante, souriante, ayant toujours le mot pour rire ou pour complimenter autrui... Mais cette femme-là n'est plus qu'un souvenir, une ombre, tout comme ceux qui l'aimaient sont des fantômes.)
« Mes ennemis me trouvent… » Ils me trouveraient complètement déterminée à leur fracasser le crâne si je pouvais les approcher ne serait-ce qu'une seconde. Rien qu'à penser à eux, j'ai des envies de bain de sang ! (La vengeance est son maître mot désormais et la détermination de son caractère son arme principale.)
« La première impression qu’on a de moi, c’est… » (Fatiguée, malade, folle... Alors que dans son ancienne vie, elle était la jovialité incarnée malgré l'adversité et les soucis de son existence)
« En société, je suis... » polie (Du moins, se contraint-elle toujours à l'être de son mieux)
« En privé, je suis… » perdue, déboussolée, désespérée...
« Ma plus grande peur, c’est… » mourir avant d'avoir pu me venger...
« Ce que je déteste… » A votre avis... !
« Ce que j’aime… » Ce que je n'ai plus...
« Si j'avais un rêve... ? » Me réveiller enfin de ce cauchemar permanent et retrouver mon homme endormi à côté de moi.


La magie et vous...

… ça fait deux ? ou quarante que m'importe !
✥ Êtes-vous sensible à l’Art ou au Vif ? (Ni l'un ni l'autre ;dans son état, elle n'a guère besoin de cela de toute manière... )
✥ Pratiquez-vous une autre forme de magie ? Par Eda non !
✥ Avez-vous une opinion sur l'Art ? Pas vraiment... Un truc de riches c'est tout ce que j'sais ; et pour c'que ça leur sert m'en fiche moi !
✥ Que pensez-vous des fidèles du prince Pie ? C'est qui c'lui là ?
✥ Et des membres du Lignage ? Je sais pas plus qui y sont...
✥ Que pensez-vous des autres formes de magie ? Ça sert pas plus d'en avoir que de pas en avoir... p'être des soucis en plus, alors je les laisse aux autres. J'en ai assez des miens.
✥ Avez-vous des magiciens, des artiseurs ou des vifiers dans votre entourage ? Non... mais si j'en trouve un capable d'éradiquer le mal qui m'a pris mon époux, je le fais mon seigneur et maître sur l'instant !


Le bric-à-brac

Chaque nuit, elle revoyait les mêmes images, encore et encore. Les premiers temps, elle pensait simplement que ça passerait,que les souvenirs persisteraient mais que ses nuits connaitraient une paix plus relative à mesure que le temps défilerait. Il n'en fut malheureusement rien et ce repos nocturne n'en était jamais véritablement un. Pourtant elle se refusa à consommer la moindre potion qui pourrait calmer ses cauchemars ; elle voulait garder toute sa tête,  sans se rendre compte qu'elle l'avait pourtant déjà perdu...

La petite fille était née une nuit de pleine lune. La vieille aïeule prédit une existence paisible pour celle qu'éclairait l'astre blanc. Heureusement qu'elle n'eut vent de cette prédiction, sans quoi elle s'en gausserait encore. Toute à cette espérance, sa mère lui donna alors le prénom de Lune. 

Tout commença simplement ; une enfance baignée d'histoires et de contes merveilleux, dans un monde où le bonheur se résumait à peu de choses (avoir un toit sur la tête, de quoi manger sur l'âtre, et des gens à aimer pour se réchauffer le corps et l'âme). Une fois faite femme par le cycle naturel de la vie, la jeune femme entreprit une vie plus trépidante et réaliste : elle partageait son temps entre les menus travaux qu'elle exerçait de ci, de là et la recherche ininterrompue de son âme sœur. Douce candeur naïve pensez-vous, et pourtant à l'aube de ses seize ans, elle était sure de son choix et de l'homme qu'il lui fallait. Distrait était son prénom et Lune en était folle amoureuse. Grand bien lui en prit de s'y accrocher, car ce fut lui qu'elle épousa deux ans plus tard et avec qui elle vécut de bien belles années d'innocente félicité.
Il était pourtant une ombre à ce tableau idyllique. Ce fut son ventre désespérément plat et vide, malgré les prières à Eda et les décoctions médicinales diverses et variées dont elle inonda son gosier. Son époux ne la réprimandait pas pour son infertilité, il ne la quitta pas pour une autre plus féconde. Il aurait pu faire cela ; elle l'aurait compris d'ailleurs. Le deuil de la maternité ne fut pas moins difficile à faire pour la jeune femme (elle ne le fit jamais vraiment), d'autant qu'autour d'elle, toutes voyaient leur ventre grossir et leurs entrailles finalement s'ouvrir pour laisser paraitre une raison de vivre ô combien belle et inestimable. Ainsi concevait-elle l'enfantement, à défaut de n'y pouvoir goûter... Obstinée, elle ne désespérerait pas de donner un jour des enfants à son mari.

Lune était une épouse modèle -car après tout, elle avait choisi son homme, donc faire des efforts pour lui ne lui coûtait rien-, une amie fidèle, une travailleuse acharnée. Elle partageait son temps entre sa maisonnette, son travail à la mine (tri et chargements en surface, contrairement à Distrait qui se coltinait les profondeurs) et des moments entre amis et voisins.
Son caractère facile lui permettait d'éviter les conflits ou d'en désamorcer certains. Son franc parler amusait et rassurait ses proches. Elle n'en était pas moins exempte de défauts, loin s'en faut. Ses humeurs pouvaient être  changeantes, comme si la Lune lui prêtait ses caractéristiques ; tantôt rêveuse,  tantôt passionnée, elle ne se montrait que peu sous l'angle des mauvais jours. Elle réservait au maximum ce privilège à son cher et tendre. Ses colères n'en étaient pas moins fameuses, mais au moins pardonnait-elle toujours.

Elle serait bien incapable aujourd'hui d'accorder son pardon. Son esprit était bousculé, tourmenté, détruit.

La jeune femme était partie de bon matin pour le village voisin ; si elle s'était plus ou moins convaincue qu'elle ne tomberait jamais enceinte, elle ne voulait pas laisser tomber pour autant. Il devait y avoir un moyen de faire médire les mauvais astres qui s'acharnaient sur son ventre. Elle alla donc voir une sorcière récemment arrivée des Montagnes. Elle avait économisé une partie de sa solde pour payer la praticienne pour ses conseils et une amulette si elle pouvait lui en concevoir une pour son problème. Son obsession lui permit de survivre ce jour-là...

Forge fut le théâtre d'un événement jamais vu, jamais vécu de mémoire d'hommes.
Lune n'en eut vent que sur le chemin qui la ramenait à son foyer. Les derniers kilomètres se firent au pas de course ; elle n'écouta pas sa gorge qui criait son manque d'oxygène, son cœur qui battait une chamade violente dans sa poitrine, ses jambes qui ne la portaient que par la force de sa volonté. Son village, son univers, son amour, ses amis, sa famille ! On s'en était pris tout ce qui comptait et compterait jamais dans son existence. Elle n'en avait rien à faire de souffrir pour rentrer au plus vite chez elle ; elle voulait rentrer,  elle devait rentrer. Elle devait voir par elle même ; car elle ne voulait pas y croire.  Comment y croire ? Comment pouvoir seulement s'imaginer la fin de son univers ?

Lorsqu'elle arriva, il ne restait plus que des ruines encore fumantes. Les cendres volaient dans l'air marin de la fin de journée. Le ciel semblait en adéquation parfaite avec l'humeur des quelques survivants : d'un rouge pâle là où le soleil amorçait sa fin, les nuages gris s'amoncelaient au dessus du village, dans une chaleur suffocante et éprouvante.
Lune s'arrêta sa course qu'à la porte de chez elle. Une porte qui n'était plus ; un chez elle dont il ne restait que des souvenirs éparpillés aux quatre vents. Ses pas la firent pénétrer dans ce qui était le matin encore la pièce principale de sa petite maison. Bien que portant des chaussures, elle n'en ressentait pas moins la brûlure des cendres qui s'écrasaient sous ses pieds. Il ne restait rien. Disparue sa table solide, dissolues ses chaises épaisses, envolée toute trace de la vie qui habitait ces lieux. Mais le matériel n'était qu'accessoire dans ses pensées. Ses yeux cherchaient désespérément tout autre chose. Où était-il ? Quelque part dans ces décombres ? Sur un bord de rue ? Était-il nécessairement mort ? Elle se convainquait comme elle pouvait qu'il ne pouvait pas l'être ; pas lui. Pas son maladroit et affectueux Distrait. Non, il ne pouvait pas être mort. Elle le saurait sinon ; elle le sentirait... Elle...

Elle s'effondra là parmi la suie, des larmes ruisselant le long de son visage épuisé et sale. Elle ne sut combien de temps elle resta là à pleurer toutes les larmes de son corps ; au bout d'un moment, une main vint se poser sur son épaule. Elle réalisa alors que la nuit s'était pleinement installée autour d'eux et qu'une bruine légère et froide s'abattait sur sa tête nue. Plus de toit pour la couvrir et la protéger. L'air était toujours empli de cette fumée âpre qui s'élevait des fondations détruites. Plus rien ne subsistait, elle le savait, elle l'avait vu...
La main secourable ne l'était pas vraiment, mais plutôt aussi désespérée qu'elle-même. C'était une grand-mère qui portait encore le panier chargé de fleurs qu'elle avait été cueillir dans les terres. Une autre rescapée de l'attaque. Lune aurait du se montrer forte pour réconforter la vieille dame ; en temps normal, elle l'aurait été. Elle se contenta de la prendre dans ses bras, sans un mot. Ensemble, elles sortirent des ruines et s'aventurèrent parmi les rues fantômes de ce village de bord de mer autrefois si tranquille. D'autres silhouettes se dessinaient dans les décombres et vinrent les rejoindre une à une. Comme si le groupe qu'ils formaient était désormais la seule bougie d'espoir dans la nuit de ténèbres et de malheurs.

Elle ne trouva pas son mari ; les autres femmes présentes n'eurent pas plus de chances à trouver les leurs, pas plus qu'enfants ou parents. Pourtant qui aurait pu survivre à cela ? Où étaient-ils donc tous passés... ? Comment les enterrer, comment les pleurer convenablement ?
La réponse finit par venir... de la mer. Ils revinrent fouler de leurs pieds nus le sable fin de la baie. Ils revenaient silencieux tels des fantômes, leur marche hésitante, trébuchante. Le premier à les voir fut un chien qui hurla à la mort ; un cri à en fendre l'âme. Il détala aussi vite qu'il le put dès que les premiers humains s'approchèrent de lui. Dans le village en ruines, personne n'y prêta immédiatement attention. Ils étaient tous occupés à remettre un semblant d'ordre dans les rues mais surtout dans leurs vies et leurs sentiments. Lune avait retrouvé un semblant d'énergie ; s'il n'y avait pas de corps, c'est qu'ils n'étaient pas morts. Ils avaient du être enlevés par des pirates... Le sort d'un esclavage n'était pas enviable, mais à ses yeux bien davantage que ne l'était la mort. S'il le fallait, elle écumerait les mers et les terres du sud pour retrouver son homme et le sortir de sa condition misérable. Mais vivant il serait et c'était tout ce qui importait. Elle s'accrochait à cette idée ; il le fallait.

Quand la nouvelle de leur retour lui parvint, elle s'était d'abord précipitée au devant d'eux, comme les autres survivants. Pour y chercher celui qu'elle aimait. Avant même de l'apercevoir, elle arrêta sa course. Quelque chose clochait.
Ce qu'elle vit alors la changea à jamais.
Elle était prête, elle se savait prête à tout encaisser, même la vue boursouflée par un séjour en immersion du corps de son Distrait. Elle n'était pas prête à cela. Personne ne le pouvait. Personne n'y était seulement préparé. Jamais on n'avait vu pareille chose, pareille non-vie dans le regard d'un homme. Les animaux fuyaient devant cette étrangeté contre nature.
Elle le vit finalement. Il avançait comme les autres, les yeux fixant un horizon que lui seul semblait voir. Physiquement, il était intact ; ses vêtements n'avaient été déchirés que dans ce qui avait du être une lutte brève pour s'enfuir. Mais il ne la remarqua pas ; pas plus que les autres revenants, il ne manifestait la moindre émotion à retrouver le plancher des vaches. Elle n'osa l'appeler pour se manifester à lui, car autour, les appels résonnaient dans le vide ; les libérés ne réagissaient pas. Ils avançaient simplement. Son cœur se serra et manqua de se fendre lorsque Distrait passa à deux pas d'elle sans la voir seulement. Ce fut là qu'elle comprit que le pire des maux s'était abattu sur eux. Qu'importe comment ils avaient procédé, ils avaient réussi l'impensable : ils leur rendaient leurs hommes plus insensibles qu'aucun animal. Plus morts que vivants, bien que leur organisme fonctionne encore.

Son époux n'était plus. Mais comment se résoudre à le laisser alors qu'il se trouvait là ? Elle pouvait sentir son odeur, elle reconnaît ses traits sans qu'aucun doute soit possible quant à son identité. Mais il n'était pas lui... elle le savait.
Cela lui prit quelques jours pour qu'elle se décida. Elle n'avait d'autre choix. Elle les voyait bien tous, ces revenants que bientôt tout le monde appelleraient des forgisés ; ils n'étaient plus humains bien que leurs apparences disent le contraire. Certaines de ses consœurs s'attachaient à reprendre un semblant de vie normale, mais les agressions se firent plus nombreuses en un rien de temps. Les hommes doux étaient devenus pire que des bêtes. Elle suivait toujours Distrait, de loin, pour l'observer. Quand elle le vit s'acharner à dévorer la viande crue et encore frétillante d'une biche dont la patte s'était cassée et qui ne put fuir devant eux, elle prit sans peine sa décision.

Comment Lune réussit-elle à l'écarter du petit groupe de rescapés, elle n'aurait su le dire. Mais elle le fit et ils se trouvaient désormais seuls. Le regard pétillant et amoureux qu'il posait sur elle n'était qu'un lointain souvenir sur ce visage ferme barbouillé de sang séché. Elle s'approcha de lui, des larmes pleins les yeux. D'un coup vif, elle planta la lame dans le ventre repu de celui qui jadis illuminait sa vie. Elle l'enfonça, la ressortit et la planta de nouveau. Encore et encore. Il tomba finalement à terre et elle s'acharna encore, se moquant bien des coups qu'il lui assénait. Le couteau transperça un poumon, une fois, deux, peut-être dix fois... Elle ne voyait plus rien ; elle ne sentait plus rien de ce qui l'entourait. Seul son désespoir l'habitait, un désespoir si puissant qu'il submergeait tout. Naturellement, il mourut. Sans qu'elle s'en rende compte, elle s'endormit sur le corps froid, baignant dans une mare de sang.

Alors rien ne fut plus comme avant...



Derrière l'écran

◆ Pseudo : Tifet ; mais Lune ça m'ira très bien ici ^^
◆ Comment avez-vous découvert le forum ? De partenaires en partenaires, de liens en liens... Je viens aussi à la suite de Capuche, mon homme.
◆ Un avis, des questions ? RAS comme on dit;D
◆ Voulez-vous être parrainé ? Non merci ^^
◆ Multicomptes : Un ça me suffit pour le moment...
◆ Partant pour un défi rp ? Avec plaisir Very Happy
◆ Team Tymie ou Team Courage ? Plum, plum, (…) puisque la reine et le roi ne le veulent pas, ce ne sera pas toi au bout de trois ; un ; deux ; trois






Dernière édition par Lune de Forge le Sam 28 Juin - 19:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Lun 9 Juin - 10:55

Vigueur d'Haurfond

Noble de Haurfond

Noble de Haurfond
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Welcome ! : D :rainbow: 

Très belle, fiche, très plaisante à lire, j'aime beaucoup ton personnage *^* tu devrais être rapidement valide avec ça ! Smile
À plus tard peut-être :123: 


PrésentationJournal.
DC : Olive Dardent.



Merci Cendres :coeur:

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Lun 9 Juin - 15:28

Sombre Sang-d'Argent

Bourgeois de Cerf

Bourgeois de Cerf
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Whoah, j'ai vraiment adoré lire cette fiche. L'histoire est vraiment intéressante, on ne s'ennuie jamais, c'est bien écrit, les évènements s'enchainent très bien, les sentiments sont magnifiquement décrits, et on sent tellement bien le désespoir qui envahit Lune... non sincèrement, chapeau.

Sur ce, bienvenue sur les Six-Duchés !

Tiens j'y pense, si on ne te propose pas rapidement de RP (ce dont je doute) et que j'arrive à boucler l'un des miens en un temps record (ce dont je doute très fort), il y a matière à écrire ensemble par rapport à la forgisation. Je vais pas m'étaler sur ta fiche de présentation, envoie moi un MP si tu veux en savoir plus.

Amuse toi bien ! Very Happy


Sombre, c'est ça :

Spoiler:
 





Pareil à l'animal traqué, fier et stoïque,
qui affronte jusqu'au bout avec impassibilité et grandeur
les épreuves de la souffrance et de la mort,
l'être humain digne de ce nom est celui qui sait sauvegarder sa liberté et sa dignité au prix du sacrifice suprême.
J'aime ceux qui se résignent sans gémir et portent bien leur fardeau.
Le symbole du loup, harcelé par la troupe des chasseurs et la meute des chiens déchaînés,
lui permet l'une des plus explicites illustrations de sa propre condition.
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Lun 9 Juin - 16:27

Lune de Forge
Civil de Cerf
Civil de Cerf
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Merci tous les deux ! Smile
Ravie que ma fiche vous plaise en tout cas ; voire vous inspire pour la suite ^^ Ce sera avec plaisir Sombre.
Cela fait une éternité que j'ai lu les premiers tomes de l'Assassin Royal, donc mes souvenirs des forgisés étaient un peu flous... Mais ça m'inspirait comme situation, d'autant que j'ai cru voir qu'elle n'avait pas été beaucoup (pas du tout ?) utilisée jusque là pour des persos.



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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Mar 10 Juin - 22:37

Silence Hodd

de Castelcerf

de Castelcerf
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Bienvenue sur le forum !
:rainbow: 
Lagertha  :123: 

Très belle fiche, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire. C'est très intéressant d'avoir le point de vue de la dame et j'apprécie que tu aies ajouté des précisions entre parenthèses.
Nous avons déjà eu quelques victimes de Forge (le premier qui me vient à l'esprit là tout de suite est Tenace), mais ton personnage est développé différemment, et tu es la seule à avoir décrit le retour des forgisés. J'aime beaucoup ! Je te valide donc, et te souhaite un bon jeu sur le forum Very Happy(pour le défi rp il faudra attendre le retour de Courage). N'hésites pas en cas de question o/



Merci Liberté ! :tymievigueur:
Merci mon filleul luth(eur) :coeur::
 
Et merci Viviane pour le vava ♥️

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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Mer 11 Juin - 6:15

Lune de Forge
Civil de Cerf
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Merci beaucoup Silence pour la validation !  :bump: 


*s'en va aller gaiement sur les chemins du fofo*



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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Mer 11 Juin - 15:32

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Oh j'adore ! Lagertha en plus omg !!  :rainbow: 

Bienvenue à toi !! Smile
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Jeu 12 Juin - 0:31

Irwild Sangrépée

Marin

Marin
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Magnifique personnage dont tu nous dresses le portrait ravagé avec brio. Superbe. J'ai hâte à te lire en RP. :-)




Clic!:
 
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Jeu 12 Juin - 6:10

Lune de Forge
Civil de Cerf
Civil de Cerf
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Merci ^__^ J'ai hâte de commencer également.

Et bizarrement tout le monde aime Lagertha xD



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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Jeu 12 Juin - 10:09

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Elle a trop la class c'est normal héhéhé !
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Sam 21 Juin - 18:22

Courage Hardod

Noble de Rippon
Baron de Forbaie

Noble de RipponBaron de Forbaie
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Bienvenue jeune fille,

quelle vie épouvantable ! Il me fait penser à mon cher DC Intègre qui a également vécu la forgisation de son fils qu'il a dû supprimer de ses mains. Malheureusement pour moi, je n'ai pas eu ton talent pour décrire les événements et les sentiments aussi clairement ! Quelle plume !

Désolé pour la légère attente pour le défi rp !

Pour toi, j'ai pensé à :

"Tu n'es pas infertile et tu arrives à donner un enfant à ton Distrait d'amour. Tu n'es donc pas partie chercher un quelconque remède miracle et tu es bien là lors de l'attaque des Pirates Rouges. Est-ce que ton destin va changer ? Est-ce que ton homme va quand même se faire attraper et tuer quelques jours plus tard de tes propres mains ou allez-vous vous enfuir en tentant de faire votre vie ailleurs ? Est-ce toi qui va te faire forgiser ?

La longueur, le lieu et la temporalité sont libres, et le défi n'a pas d'impact sur le reste. C'est-à-dire que tu peux raconter ce qui te chante, même si ça n'a rien à voir avec la suite de ton histoire. Tu peux également faire intervenir autant de PNJs que tu le souhaites.

Une fois ton défi posté, merci de le signaler en allant éditer ta fiche d'inscription pour cliquer sur l'icône du sujet "défi rp posté chef !" qui se trouve juste au-dessus de la zone pour écrire  Very Happy

Si le sujet ne t'inspire pas, préviens-moi et je t'en donnerai un autre. Bonne chance ! :naruto:






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***

& &

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Sam 28 Juin - 19:27

Lune de Forge
Civil de Cerf
Civil de Cerf
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Tout était au plus parfait. Ou du moins au plus proche de cette perfection. La vie n'était pas simple, loin s'en faut, mais Lune n'avait pas à se plaindre. Pour les parties les plus tristes de son existence, elle avait appris à relativiser, car il fallait bien relever la tête. Pour les enfants et pour Distrait.
Peu de mois après son mariage, la petite graine était belle et bien plantée. Ainsi cela fut neuf fois durant jusqu'à qu'elle atteigne son 31e anniversaire. Sur ces neuf grossesses, toutes n'avaient atteint leur terme ou bien l'enfant n'avait pas survécu à son premier hiver... De faite, le couple se retrouvait avec quatre beaux enfants et un cinquième en route.
La première avait aujourd'hui presque 13 ans ; elle était le portrait de sa mère, une blonde dynamique et toujours souriante.  Distrait avait choisi son prénom ; il avait tellement insisté que sa jeune épouse n'avait pas pu lui refuser ce qui revenait d'ordinaire aux mères. Elle s'appelait donc Soleil pour parfaire l'harmonie dans la famille.
Vivant, 8 ans aujourd'hui, le second de la fratrie devait son nom à ses premiers mois difficiles qui l'avaient vu si souvent au bord de la mort que sa mère n'avait osé lui donner un nom avant d'être sur qu'il survive.
Le troisième était aussi un petit gars. Il avait trois années d'écart avec Vivant et n'avait pas causé autant d'inquiétude à ses parents durant les premiers mois de sa vie.  C'était un petit de l'hiver, né durant une mémorable tempête et son père rêvait pour lui d'océan et de navire. Le petit Dur l'encourageait dans son délire, jouant sans cesse près du port et mirant les bateaux minables qui y accostaient avec des yeux brillants d'admiration.
Sa dernière grossesse lui donna des jumeaux, prématurément arrivés dans ce monde et dont ne survit que la fille, Chance. Elle marchait joyeusement depuis quelques mois seulement et gambadait même désormais, avec l'insouciance de son âge.
Oui Lune avait connu la perte, la douleur, le deuil ; oui, elle avait souffert, elle avait même frôlé dangereusement les précipices du désespoir ; pourtant au bout du compte, le sourire n'avait pas déserté son visage, car elle avait une famille, sa famille et pour elle, elle était et resterait forte. Il n'y avait bien que Soleil pour avoir déjà vu sa mère en larmes ; sa fille aînée et son mari. Aux plus jeunes, elle avait caché tous ses chagrins ; le plus douloureux ayant été d'enterrer un enfant tout en tenant sa jumelle dans les bras...

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Rien ne prédestine les choses. Les astres et les divinations diverses et variées n'apportent aucun indice concret sur l'avenir. Souvent ils se bornent à des généralités. Pour ce jour-là,  on aurait pu prédire un cataclysme mémorable sans donner davantage de précisions. A bien y regarder, tous auraient surement préféré une tempête phénoménale ou un effondrement des mines... Au moins, l'homme n'y aurait eu aucune prise, aucune incidence, aucune causalité...


Soleil était assise derrière elle et lui tressait les cheveux. Chance jouait à quelques pas et les garçons partis avec des copains pour des explorations dont seuls les enfants de leur âge avaient le secret. La jeune femme avait du s'arrêter de travailler la veille, quand des contractions l'avaient plié en deux durant un effort pourtant habituel à son poste. Son responsable n'avait pas voulu prendre de risques et connaissant Lune, il avait du lui ordonner de rentrer chez elle et de se reposer trois jours durant sans quoi il la renverrait purement et simplement. Dans le genre tête de mule, elle s'y portait bien ; mais le contremaitre savait également qu'elle n'était pas du genre à chipoter et qu'elle revenait toujours rapidement au travail après ses couches.

" Alors tu penses que ça sera quoi cette fois ? 'Tit gars ou petite fille ? " s'enquit la mère en caressant son ventre rond. A presque huit mois de développement, le bébé à l'intérieur était vigoureux et donnait des coups de pieds régulièrement. Pourtant elle ne pouvait accoucher si tôt sans craindre de le perdre lui aussi comme le frère de Chance.
" Si c'est une fille, elle pourra jouer avec Chance. Une copine presque de son âge ça serait bien pour elle... "
Même si le bébé n'avait connu son jumeau que dans le ventre de leur mère et durant les premières semaines de leur vie commune, la crainte de Lune était qu'elle connaisse un manque vis-à-vis de ce frère absent. Elle n'en montrait aucun signe, mais elle était si jeune encore... En même temps, Lune n'entendait pas mettre sur les épaules d'un petit être pas encore né tous ses espoirs pour le bien-être de sa cadette.

" Viens dire bonjour au bébé Chance ! "
La petite fille releva la tête à l'entente de son prénom et se fendit d'un sourire merveilleux qui chavirait à chaque fois son cœur de mère. Voilà ce qui lui permettait de tenir le cap ; cet amour sans faille qu'on lui donnait en retour du sien était une bénédiction de tous les instants. Oui elle était heureuse, amoureuse comme au premier jour et épanouie dans tous les aspects de sa condition de femme.

Un cri retentit qui les fit sursauter toutes deux et pleurnicher la petite. Elle la serra contre son sein pour la consoler, caressant ses cheveux bruns pour l'apaiser. Ce cri ne fut d'abord suivi de rien d'autre ; aussi reprirent-elles leurs activités, Chance désormais blottie prête à s'endormir dans la chaleur réconfortante de sa mère. Mais ce répit ne dura que quelques minutes ; déjà d'autres cris s'élevaient dans les airs, mêlés à des bruits aux origines indéfinissables, tant le brouhaha semblait dense.
Elles se levèrent en un bond, Soleil s'agrippant à la manche de sa mère d'une main, l'autre serrée jusqu'à s'en blanchir les jointures sur le peigne argenté.
" Maman ? "
" Va chercher le couteau. " Pourquoi ? Elle n'aurait su dire, mais à cet instant précis, elle avait besoin d'avoir cette arme rassurante à portée de main. Il devait s'agir d'une rixe qui dégénérait ; peut-être d'un accident au port ; cela ne pouvait venir de la mine qui se trouvait à l'opposé. " Va ! " Qu'est-ce que ça pouvait bien être que ce raffut monstre ? Ses yeux se jouaient-ils d'elle ou était-ce de la fumée qui s'élevait du port ? Les cris qui lui parvenaient étaient plus proches des hurlements de peur et de panique que de simples complaintes de douleur.
Sa fille revint rapidement avec la précieuse petite lame. Lune tentait de garder son calme. Quoi que ce soit, il ne fallait pas que les enfants paniquent, donc il ne fallait pas qu'elle-même cède à cette émotion primaire face à un événement inconnu.
Tout ce qu'elle savait, c'était que ça venait du port. Elles n'iraient donc pas dans cette direction.

Et elles n'y allèrent pas.
Elles retrouvèrent Distrait. La mère de famille n'aurait su dire comment. Elle ne prêtait pas plus attention à l'endroit où elle se trouvait. Les minutes s'étaient envolées autour d'elle. Son ventre semblait peser une tonne alors qu'elle désirait plus que tout s'éloigner en courant de cette catastrophe qui se jouait à quelques centaines de mètres de là.
Il se tenait là devant elles, après une foulée pressée pour les rejoindre. D'où venait-il ? Comment les avait-il trouvé ? Tout ce qui importait alors c'était la petite pleurant contre elle, la main fermement resserrée de son aînée sur son bras et maintenant le visage, la présence de son homme.

" Les garçons ?! Où sont les garçons ? " dit-il pour seule introduction. Une fulgurante lassitude s'était imprimée sur ses traits. Il savait ce qui arrivait. Il savait et il cherchait lui aussi à se montrer fort.
" Qu'est-ce que c'est ? "
" On est attaqué ! Où sont les garçons ?! " matraqua-t-il derechef.
Attaqué... attaqué... le mot résonnait dans son cerveau. Attaqué... Ils étaient attaqués... mais par qui et surtout pourquoi ? Mais son mari avait raison ; ce n'était pas le moment de se poser des questions. C'était celui de rassembler la famille et de se mettre à l'abri.

" Lune ! Les garçons ? Mes garçons ?"
Il la ramena à la réalité. Une réalité douloureuse. Elle avait oublié ses fils. Elle ne savait pas où ils étaient mais elle n'avait pas pensé à les attendre, à les chercher... Ils iraient forcement à la maison, se dit-elle alors.
" Partis jouer je ne sais où... Je... La maison peut-être. "
Un coin de sa tête lui surinait une possibilité plus douloureuse encore. Si Dur avait voulu aller au port, si son frère avait cédé comme il faisait souvent... Les larmes ne lui montèrent pas aux yeux immédiatement ; ce ne fut qu'en voyant son époux s'éloigner, partir dans la direction de l'attaque ; ce ne fut qu'en se voyant ainsi plantée, incapable du moindre effort, du moindre geste pour sauver ses enfants qu'elle craqua. Chance se joignit à elle et désemparée, Soleil l'enlaçait en tremblant.
La blonde pleurait en silence. Son monde s'effondrait ; elle le voyait se déliter devant ses yeux à chaque volute de fumée s'élevant dans l'atmosphère au dessus de Forge. Elle réalisa alors qu'elle pouvait contempler toute la ville du promontoire où elle avait mené instinctivement ses filles. Au port des navires étrangers, d'autres coulés ou brûlants ; dans les rues, devinait-elle vraiment ces mares de sang ou les imaginait-elle seulement aux hurlements incessants qui en provenaient. Des silhouettes noires parmi les flammes, des scintillements de lames sous la chaleur des braises, des corps ramassés, blessés, tués.
Que devait-elle faire ? Tenter de rejoindre Distrait, de retrouver Vivant et Dur ? Rester ici avec les filles, voire s'écarter encore davantage dans les terres pour les mettre définitivement à l'abri ?

-----------

Le jour se levait. Il avait une saveur de cendres dans sa bouche. De cendres et de sang. Un peu comme les couleurs qui peuplaient le ciel au dessus de Forge. Soleil dormait encore en câlinant sa benjamine. Lune les avait laissé, là contre le tronc percé qui les avait accueilli cette nuit. Il fallait qu'elle voit, il fallait qu'elle sache. Il fallait les préserver encore du cauchemar qui les attendait. Car comment pourrait-il en être autrement ? Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit, les oreilles vrillées par tous ces bruits montant de la ville. Des bruits imaginaires très surement au bout d'un moment. Toute la nuit, elle s'était attendue à ce qu'on leur tombe dessus ; qui que fut ce "on" qui réduisait à néant l'existence d'une communauté. Tout en tendant l'oreille, tout en scrutant les ténèbres des bois, elle avait tourné encore et encore dans sa tête mille questions. Mille questions dont les réponses, quand elle en trouvait, ne la rassuraient jamais guère.

Elle s'aventura dans la ville, la peur au ventre, ses doigts serrés sur la garde de son couteau. Le silence y était pesant ; les habitations brûlantes encore des incendies qui les avaient ravagées. Il ne restait plus rien... et surtout plus personne. Quelques corps jonchaient le coin des rues, dans un état qu'elle n'osait regarder en face sous peine de rendre tripes et boyaux. Quelques cadavres qui ne formaient nullement le quart de la population de Forge. Où étaient-ils tous passés ? Où étaient Distrait, Vivant et Dur ? Le père avait-il retrouvé ses fils et les avait-il mis à l'abri ? Elle ne savait que croire, qu'espérer, tant la déception pouvait être cruelle à l'arrivée. Elle se promena le cœur lourd et l'estomac au bord des lèvres dans les rues fantômes de sa ville de naissance.
Un bruit derrière elle la fit sursauter et se retourner couteau en avant. Maigre défense mais défense quand même. Ce n'était qu'une petite vieille qui venait également constater les dégâts. Elle vit aussi une jeune femme de sa connaissance qui errait machinalement entre les décombres, comme frappée d'une folie nouvelle. Elle-même n'était pas loin d'être gagnée par ce sentiment mais elle ne pouvait se le permettre. Elle n'était pas seule ; il fallait qu'elle soit forte pour ses enfants.

Elle se força à aller jusqu'au port. Les quais étaient détruits, les bateaux des petits pêcheurs locaux réduits à de la simple sciure. Les entrepôts n'étaient plus que cendres. Et toujours ce silence. Un silence pesant que ne venaient perturber que ses propres battements de cœur. Même le bébé en semblait impressionné en son sein, car il était d'un calme olympien. Lasse au delà des mots, elle s'assit sur un seau percé qui trainait dans un coin, le regard perdu dans les flots.
Où étaient-ils tous passés ?
Qu'on lui rende juste ses fils, morts même s'il plaisait à Eda ; mais qu'on les lui rende qu'elle puise les pleurer et les enterrer. Qu'on lui rende son mari ! Elle ne demandait pas grand chose ; elle ne demandait même pas un miracle ; elle demandait juste à les voir, à les avoir avec elle, à les étreindre une dernière fois...

-----------

Les quelques morts furent enterrés ; les survivants se rassemblaient et s'organisaient pour un semblant de vie dans ces ruines. Soleil avait été bouleversée quand sa mère lui expliqua ce qu'elle verrait ; elle le fut encore plus quand ses yeux contemplèrent eux-même leur vie détruite. De la maison, il ne restait rien. Rien que ce couteau qu'elle avait dans sa poche, et le peigne d'argent de son mariage qu'avait gardé sa fille. La cadette était passablement irritable ; sa façon à elle d'exprimer le malaise qu'elle ressentait partout autour d'elle.

Et un matin, un chien hurla à la mort.
Ce matin-là, ils revinrent. Marionnettes d'un fil invisible, patins de bois au regard vide. Distrait faisait partie de la cohorte.
Incapable de courir, ce fut la grande qui se porta en premier au devant des revenants, accompagnée de tant d'autres femmes et hommes survivants de l'attaque. Son père ne la regarda pas ; il la bouscula avec une force étrange sans même sans rendre compte et l'adolescente se retrouva par terre, sonnée. Arrivaient sur elle, sans la voir, d'autres rescapés, d'autres fantoches. Ils l'auraient piétiné sans état d'âme si Lune ne s'était pressée pour la sortir de là. Elle la souleva avec l'énergie du désespoir en la tenant sous l'aisselle et la releva, avant de se plier elle-même en deux une seconde plus tard.
" Maman ?" Son appel était un cri de détresse, un cri du cœur là où la panique d'une situation trop compliquée pour son âge l'étreignait sauvagement.
Lune expira la bouche en rond à deux reprises avant de se redresser tant bien que mal et de tendre la petite qu'elle portait.
" Prends ta... sœur. Regagne le campement et évite ces... Évite-les à tout prix. "
" Mais... "
" Vas-y ! J'arrive... juste derrière toi ; le temps de reprendre mon... "
Elle ne put terminer sa phrase ; une nouvelle contraction lui vrilla les entrailles et lui en tira un râle de douleur, rapidement étouffé par ses dents serrés. Elle avait trop forcé ; elle avait écouté son instinct de mère au détriment de son propre corps. Elle n'eut que l'énergie de lever la main, index pointé vers le promontoire qui accueillait les réfugiés. Derrière ses paupières closes, les larmes s'amoncelaient ; des larmes de tristesse et de douleur. S'il naissait maintenant, il ne survivrait pas ; elle le savait aussi pertinemment qu'elle savait que l'homme qu'elle avait vu, cet homme qui avait les traits de son époux bien aimé n'était pas lui.

Alors qu'elle s'asseyait -ou plutôt se laissait tomber sur le sable-, ses prunelles embuées perçurent une autre silhouette connue. Une silhouette qui venait vers elle, qui venait sur elle. Elle qui se concentrait sur sa respiration pour calmer les élans de son corps en perdit le souffle : Vivant. N'était-ce le soleil en contre jour qu'elle ne put voir ses traits et la distance qui l'en séparait encore, mais elle le reconnut. Son enfant, son petit garçon revenait à la maison. Elle voulut l'appeler mais son organisme le lui refusa, tout concentré qu'il était sur une autre tache plus urgente.
Vivant n'avait pas besoin qu'on l'appelle pour se rendre directement dans sa direction. Il ne souriait pas, mais Lune ne pouvait le voir. Il ne sourirait plus jamais. Vivant était aussi mort à l'intérieur que son père. Mais la jeune femme ne pouvait pas y croire. Pas son petit garçon si courageux, pas lui qui avait survécu à tous ces mois difficiles où la mort l'avait guetté. Quand elle vit enfin ce regard froid, désespérément inhumain qui la dévisageait, elle se borna à n'y voir que le reflet d'une expérience traumatisante. Pourquoi venir précisément sur elle si ce n'était pour recevoir l'affection d'une mère ? Elle leva un bras vers lui ; ses lèvres émirent un faible " Mon petit ! ".

Le bras retomba mollement ; le bébé arrivait. Qu'elle le veuille ou non, la délivrance devait se faire sur l'instant. Elle s'accroupit alors, tenant sur ses jambes comme elle pouvait, sa main droite touchant déjà le sommet du crâne qui se présentait à la sortie de son antre secrète, la gauche lui assurant cet équilibre précaire dont elle avait encore besoin quelques courtes minutes. La force de l'habitude faisait qu'heureusement elle n'avait besoin de personne pour l'assister. De plus, ses hanches étaient larges ; tous ses accouchements avaient été rapides et celui-ci ne fit pas exception à la règle. Après trois poussées vigoureuses, elle expulsa entièrement le petit corps qu'elle avait réceptionné d'une main. Il vagit à sa première bouffée d'air tandis qu'elle le remontait contre elle. Au moins respirait-il ce tout petit être, si petit, si fragile. Son soulagement fut grand mais de courte durée.

Une ombre s'élevait au dessus d'elle. Une ombre qui était constituée de plusieurs. Parmi elles, un enfant de 8 ans dont les yeux fixaient avec une envie sanglante le minuscule bébé. Lune ne les avait pas vu se rapprocher, ni même arriver. Tous la regardaient, tous la dévisageaient avec cette lueur insatiable de faim : la seule émotion dont ils semblaient capables. A tâtons, elle recula, serrant contre elle son nouveau-né, qu'elle avait libéré, d'un coup de dents, d'une partie de son cordon ombilical. Le sable crissa sous sa paume, glissa sous ses pieds, râpa de son grain fin ses cuisses à nu. Il se couvrit d'une teinture rouge quand d'une ultime poussée, elle libéra son corps de la poche qui avait protégé l'enfant pendant ces mois de gestation. Les créatures qui la surplombaient se jetèrent alors avec avidité sur ces grains pleins de sang, sur ce placenta encore chaud. Leurs dents s'y enfoncèrent à tour de rôle, alors qu'ils se battaient pour en posséder l'usufruit.
Le sang de Lune ne fit qu'un tour ; pas besoin de réfléchir plus longtemps, il fallait qu'elle s'en aille au plus vite. Son estomac se révulsait devant pareil spectacle d'abomination. Son fils n'avait aucune chance face aux autres, tout petit qu'il était, mais il participait pourtant à la bagarre avec une hargne sans commune mesure. Là le bébé pleura. Un pleur bref, presque inaudible. Pourtant il fut entendu par celui qui avait été Vivant. Il se jeta sur elle, tandis qu'elle amorçait de se lever. Ensemble ils basculèrent, lui cherchant à attraper le petit paquet vagissant. Il faisait preuve d'une force impressionnante et sa mère se débattait comme une forcenée pour le faire reculer. Elle jouait des pieds et de sa main libre pour l'écarter, mais lui même s'acharnait crocs en avant et la mordit à maintes reprises avant qu'elle n'arriva à le renverser sur le côté. Pas de tergiversation. Elle s'assit sur son corps, ce petit corps d'enfant dont elle connaissait le moindre grain de beauté. Après avoir glissé rapidement le nouveau-né dans son corsage, elle usa de ses deux mains pour tenir la tête de son garçon. Elle eut été incapable de dire quel visage il lui offrait à ce moment-là, tant un brouillard obstruait sa vue ; une torsion du cou et c'en fut terminé. Il ne se débattait plus sous elle. Elle n'avait pas le temps de le pleurer. Un autre fils vivait et méritait de vivre.

Rassemblant toutes les forces qui lui restaient, puisant même au-delà d'elles, elle s'enfuit de cette plage maudite, y laissant non seulement les traces de son accouchement mais aussi et surtout une partie d'elle-même. Elle avait tué. Sa chair. Son sang. Son petit. Son garçon. Son bébé. Un prolongement d'elle-même. Elle avait commis le crime le plus impardonnable qui soit. Contrainte et forcée certes. Mais elle l'avait fait et jamais ne pourrait se le pardonner.

-----------

Plus tard, on donna le nom de Forgisés à ces êtres humains qui n'en avaient plus que l'apparence.
Personne ne tint rigueur à Lune pour le geste qu'elle avait eu ; d'autres Forgisés furent abattus quand la menace de leur présence fut comprise. On lui ramena un soir le corps de son époux ; elle l'enterra à côté de Vivant. Puis prenant ses filles et son fils nouveau-né, quitta à jamais ce lieu de mort qu'elle avait un jour appelé "chez elle". Elle avait un but : sauver son autre garçon. Dur était en vie quelque part, vu qu'il n'était pas revenu ce fameux jour sur la plage. Elle le trouverait et peut-être que ce jour-là, elle sentirait enfin la paix revenir en son cœur.



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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Jeu 3 Juil - 20:07

Courage Hardod

Noble de Rippon
Baron de Forbaie

Noble de RipponBaron de Forbaie
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Tout d'abord, je tiens à te remercier de t'être prêté au jeu du défi rp ! Tout le monde n'accepte pas.

Waouw est tout ce que je peux dire ! Je suis impressionné ! Super défi ! On vit ce qui se passe ! On est le personnage. C'est dingue !

Les points sont répartis comme suit :

2 de participation
2 d'orthographe
2 pour le style
2 pour le contenu
2 pour la longueur

Ce qui te fait 10 points mais j'en ajoute 2 parce que c'est vraiment super ! Ce qui fait 12 points à aller réclamer au bon endroit !

:pompom: Félicitations et encore bravo :pompom:






***



***



***

& &

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MessageSujet: Re: Lune de Forge   Ven 4 Juil - 6:31

Lune de Forge
Civil de Cerf
Civil de Cerf
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Merci pour le défi ^^
Et merci pour le compliment ; ravie que ça t'ai plu autant :padawan: 



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MessageSujet: Re: Lune de Forge   

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