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 Portrait d'Elégance Lestival

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MessageSujet: Portrait d'Elégance Lestival   Sam 11 Oct - 18:22

Elégance Lestival
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Elégance Lestival
Identité
✥ Âge : 24 ans
✥ Origine : Labour
✥ Classe sociale : Noble
✥ Profession : Artiseuse
✥ Actuellement : Duché de Cerf
STATS
Distribuez 50 points de départ en suivant les instructions ici.
MAGIE : 10 ✥ FORCE : 5 ✥ PRÉCISION : 5 ✥ ENDURANCE : 5 ✥ INTELLIGENCE : 11✥ PERCEPTION : 7 ✥ CHARISME : 7

Le Royaume et vous...
✥ Êtes-vous originaire des Six-Duchés ? Oui.
✥ Ah ? D’où venez-vous exactement ? Comté de Beauverger, en Labour.
✥ Êtes vous sensible à la politique des Loinvoyant ? Leur politique nous impacte tous, comment pourrais-je rester indifférente à leurs orientations ? Oui, je porte un grand intérêt à leurs décisions. Mais je ne fais pas partie des hautes sphères du pouvoir et reste donc assez mal informée en la matière, ce qui m'incite à rester prudente dans mes avis.
✥ Peut-être ne vous intéressez-vous pas à ces choses-là, mais quel Duché a votre préférence ? La réponse est aisée. Il me suffit de fermer les yeux et de me souvenir. En l'espace d'un battement de cœur, je retourne au pays de mon enfance… le soleil ruisselle sur un verger dont les arbres croulent sous les fruits mûrs... le parfum miellé du vin de pomme embaume la brise estivale… ici l'on sème au lieu de brûler, on cultive plutôt que l'on conquiert. Labour est ma terre d'origine ; j'y ai mes racines, et c'est dans sa douceur que je puise ma force, mon amour de la vie.
✥ Que pensez-vous de nos voisins ? Je suis à la fois curieuse et prudente vis-à-vis de nos voisins, quels qu'ils soient. J'ai soif de connaître leurs mœurs, leurs cultures, notamment celle des Montagnards qui vivent si près de nous et restent pourtant nimbés de mystère. Mais je suis aussi douloureusement consciente des différences qui nous séparent ; même les Six Duchés ne connaissent pas une parfaite harmonie entre eux, alors comment espérer s'entendre un jour avec ces Chalcèdiens aux traditions cruelles ou pire, les Outrîliens qui assaillent nos côtes ? J'aspire à un monde pacifié où nos querelles s'estomperaient derrière les rêves communs des hommes, mais je suis trop réaliste pour espérer voir ce jour éclore de mon vivant.
✥ Vous considéreriez-vous comme un grand fan de la famille royale ? Pourquoi ? Ce ne sont pas les pires souverains que l'on puisse concevoir, mais la pertinence de leur politique me semble parfois sujette à caution, notamment à l'égard des Vifiers. Je tiens en plus haute estime la lignée Sangréal dont les positions me semblent plus avisées.
✥ Votre avis vis-à-vis de la situation politique actuelle ? Je n'aime guère prendre position sans avoir tous les éléments en main, mais puisque vous sollicitez mon avis, le voici, aussi faillible soit-il. Je me trouve désemparée face à la chasse inepte que subissent les Vifiers dans la plupart des Duchés. Mon oncle Semeur et ma sœur aînée Étincelle possèdent ce don. Je n'y ai jamais rien vu qu'un talent fort utile, ni plus, ni moins. La méfiance et le dégoût qu'il suscite me laissent amère. Telle est la nature humaine, souvent irrationnelle, excessive, prompte à la peur et la colère. Et pendant que l'on réprime ces hommes et ces femmes dont la seule faute est d'être nés tels qu'ils sont, créant la division au sein du royaume, nos côtes saignent sous les assauts des pirates. Je crois pour ma part que les habiletés des Vifiers pourraient être mises à profit au même titre que celles des Artiseurs pour défendre nos côtes, et que toute l'attention du roi devrait se porter sur la véritable menace. Les attaques récentes ont pris tout le monde par surprise, peut-être n'aurait-ce pas été le cas si les Loinvoyant avaient mieux porté leur nom. Chaque forgisé est un camouflet et une blessure que notre souverain accepte en conscience, tant qu'il ne déploiera pas toutes les forces vives du royaume pour nous protéger. Je n'ai jamais vu de forgisé mais l'on m'a conté l'horreur de cette condition réputée incurable. Je pense qu'il serait plus humain de mettre un terme à leurs souffrances, si les meilleurs guérisseurs et artiseurs du royaume ne peuvent trouver de remède à leur mal. Ils représentent par ailleurs un danger tant physique que moral pour la population du royaume. Si j'éprouve de la compassion pour les familles des victimes, je reste lucide sur les conséquences d'une politique hésitante en la matière.
 
✥ Au fait, vous avez un titre ? Demoiselle ou Artiseuse, cela suffira. Je suis fille de Comte et célibataire – l'Art est ma voie, non la vie de châtelaine, à laquelle je n'ai jamais aspiré. L'on ne m'accordera donc aucun titre supplémentaire jusqu'à nouvel ordre.


Physique

✥ Yeux : Bleu, d'un bleu clair et doux plutôt que vif.
✥ Cheveux : Blonds, d'un blond de lin plutôt que d'or flamboyant.
✥ Silhouette : On me dit longiligne et délicate. Je suis un peu plus grande que la moyenne des femmes, hélas peu pourvue en courbes opulentes, mais néanmoins suffisamment féminine pour que ma silhouette ne manque pas de douceur dans ses contours. L'Art puise dans mes ressources et malgré un solide appétit je n'atteindrai sans doute jamais les canons de beauté labourans. Mes hanches ne sont pas faites pour porter des enfants, pas plus que mes bras frêles et mes poignets fins. Au moins suis-je gracieuse, une éducation traditionnelle m'ayant strictement inculqué un maintien altier et un minimum de souplesse pour la danse. Par réserve naturelle et pondération, ma gestuelle est posée et retenue, et mon visage garde un masque de courtoisie difficile à percer. Certains me trouvent insaisissable et cela me convient, bien que cela puisse établir une distance avec les autres. De toute façon, sans être timide, je ne suis pas friande de mondanités.
✥ Habitudes vestimentaires : Je fais honneur à mon nom, mais je n'ai aucun mérite. Dès mes premiers pas, j'ai été à bonne école. La maison Lestival est attachée à une longue tradition de raffinement vestimentaire et le comté ne manque pas de teinturiers ni de tailleurs habiles, d'autant que la région abonde en ressources pour leur ouvrage. En un mot comme en cent, je serais viscéralement incapable de faire une faute de goût même si je le voulais. Et je ne le voudrais pas - quelle horrible pensée ! Il me faut parfois tout mon sang-froid pour ne pas tordre le nez devant un ourlet trop large, des couleurs mal assorties ou un excès de dentelle. En un clin d’œil, je sais quelles teintes et quelles coupes flatteront votre silhouette. Certains s'étonneront de ce trait apparemment superficiel chez une érudite éprise de rationalité, mais je ne vois pas ce qu'il y a de frivole à offrir de la beauté, aux yeux des autres comme aux miens. Nous sommes des êtres civilisés, agissons comme tel.  
✥ Autre ? Je suis pâle et mes traits sont fins. On ne peut décemment pas me décrire comme un laideron mais je ne suis pas non plus de celles dont le minois récolte des roses à la fin des tournois. Tout dépend des goûts je suppose. En tout cas, je sais me mettre en valeur sans en faire trop. En matière de performance physique, je suis navrante. Ne comptez pas sur moi pour broder de petits points avec une habileté diabolique ou chevaucher hardiment lors d'une partie de chasse, je m'essouffle vite et fais preuve d'une certaine gaucherie sans aller jusqu'à provoquer des catastrophes.

Caractère

« Mes amis disent que je suis… » Fiable, intelligente, curieuse, perspicace, réfléchie, prudente, diplomate et conciliante la plupart du temps, et même charmante quand je le veux.
« Mes ennemis me trouvent… » Indéchiffrable, distante (voire froide aux yeux de certains, mais ce n'est pas vraiment ma nature), trop indépendante pour une femme, douillette (une vraie princesse au petit pois !), maniérée, parfois cassante avec ceux qui me déplaisent, trop prudente, perfectionniste et j'en oublie...
« La première impression qu’on a de moi, c’est… » L'élégance, la pondération, la discrétion, la réserve.
« En société, je suis... » Observatrice, à l'aise, courtoise, peu bavarde - mais éloquente si nécessaire.
« En privé, je suis… » Pour mes proches : amicale, à l'écoute, humaine, et même drôle, mais il faut goûter mon humour sarcastique.
« Ma plus grande peur, c’est… » De perdre le contrôle de ma vie, d'être enchaînée à une existence qui ne me correspondrait pas. L'Art m'a donné un prétexte pour esquiver le mariage et j'en sais gré à Eda. En me dévouant aux Sangréal, en développant mes talents et en servant une cause supérieure à moi-même, je m'accomplis.
« Ce que je déteste… » Être éclaboussée de boue un jour de pluie, transpirer après un trajet à cheval, subir la bêtise d'un ignorant ou la grossièreté d'un malappris.
« Ce que j’aime… » Étudier des traités de sciences et d'Art, composer des décoctions à usage médicinal, pratiquer mon Art, admirer quelque chose de beau, savourer un moment de douceur et de calme auprès de ceux que j'aime.
« Si j'avais un rêve... ? » Que chacun en ce monde puisse connaître la douceur de vivre qui a bercé mon enfance. J'ai connu mon lot de deuils et de peines, mais j'ai été heureuse, plus que ne le seront jamais bien des gens, trop pauvres, malades ou persécutés pour être en paix avec la vie.


La magie et vous...

… ça fait deux ? Loin de là.
✥ Êtes-vous sensible à l’Art ou au Vif ? Je suis douée d'Art, comme ma mère Altière et mon grand-père Tranquille Sangréal avant moi.
✥ Pratiquez-vous une autre forme de magie ? Non.
✥ Avez-vous une opinion sur l'Art ? Je considère l'Art comme un talent dangereux, à manier avec précaution, et dont il faut protéger ceux que je sers. Que l'intimité d'un esprit puisse être violée est à mes yeux une violence insoutenable. Je ne m'y résoudrai qu'en dernier recours et préfère me spécialiser dans les boucliers et la communication plutôt que dans l'attaque. Ceci étant, j'ai plaisir à le pratiquer… comment ne pourrais-je pas être enchantée par cette expérience unique ? Sans compter que ce don m'a permis d'échapper à une vie peu attrayante.
✥ Que pensez-vous des fidèles du prince Pie ? Des agitateurs qui cherchent à glaner quelque avantage personnel sans se soucier de salir la réputation des autres vifiers. Ce ne sont pas mes amis.
✥ Et des membres du Lignage ? Comme je l'ai dit, certains de mes proches sont des vifiers. Ils sont du Lignage. J'ai donc quelques connaissance de cette faction et ses membres me semblent ni plus ni moins honorables que les membres de mon clan d'Art.
✥ Que pensez-vous des autres formes de magie ? Je ne possède pas le Vif et j'ai du mal à croire aux autres formes de magie. J'ai beau être férue d'herboristerie, il ne me viendrait pas à l'esprit de confectionner des amulettes à base de plantes comme le font, dit-on, certaines villageoises. Enfin, si cela les aide à se sentir mieux, je suppose que ce n'est pas bien grave.
✥ Avez-vous des magiciens, des artiseurs ou des vifiers dans votre entourage ? Ma sœur aînée Etincelle et mon oncle Semeur sont vifiers, je vous parlerai d'eux un de ces jours… et bien sûr, je fais partie d'un clan d'Art. Les autres artiseurs de ma famille ne sont hélas plus parmi nous.
Vous pouvez supprimer les questions en italiques si vous n'êtes pas directement concernés (par l’art ou le vif).
Pratiquez-vous l'Art ? Oui. Mon Maître dit que je suis douée mais que ce n'est pas la force de mon Art qui me caractérise, bien qu'elle soit satisfaisante, ni mon endurance qui est en-dessous de la moyenne. Ce qu'il a vu en moi, et développé, c'est la finesse et la technicité avec laquelle j'utilise l'Art, comme une tisserande exécutant des motifs complexes avec aisance et rapidité ou même… élégance. Si je n'excelle pas en attaque, car cela me rebute, je suis en revanche difficile à égaler lorsqu'il s'agit de dresser un bouclier. Mes boucliers d'ailleurs n'en sont pas, à dire vrai. Ce sont plutôt des nasses mouvantes, des labyrinthes changeants, des couvertures tellement pliées et repliées que celui qui cherche à les traverser s'y perd et s'y épuise en vain. Je ne suis pas un taureau ni un tigre, mais plutôt le poisson insaisissable qui glisse hors de portée de vos doigts, ou une araignée qui déploie sa toile autour de vous pour garder vos secrets.  
Comment l'avez-vous découvert ? Ma mère m'a initié la première, mais elle est morte en couches quand j'avais neuf ans. Après cela, j'ai été formée par le Maître d'Art des Sangréal. Il n'y a pas eu de grande révélation : j'ai toujours senti que je pouvais tendre vers les autres au-delà de mon corps, avec mon essence même, mais c'était un sentiment diffus et latent jusqu'au moment où ma mère a commencé mon instruction. Cela m'a toujours semblé aussi naturel que de respirer.
Avez-vous un maître ? Oui, le Maître d'Art des Sangréal.
Un clan ? Oui, comme vous l'aurez compris. J'ai la chance de travailler avec un Maître compétent ainsi que son apprenti, et bien sûr Chance Sangréal.


Le bric-à-brac

Je suis la fille du Comte Prodigue Lestival de Beauverger et Altière Sangréal. J'ai un frère aîné, Courtois, marié, une grande sœur, Etincelle, mariée également, et une petite sœur de quinze ans, Mutine. Nous avons perdu notre mère à la naissance de Mutine, et notre sœur aînée Tolérance il y a une dizaine d'années, des suites d'une maladie. Mon intérêt pour la médecine vient peut-être de ces deuils éprouvants au sein d'une famille chaleureuse et unie. Je ne suis en rien définie par ces événements qui m'ont marquée sans me briser, mais il est vrai que j'aime étudier l'art de composer des remèdes, connaître les vertus des plantes et leurs dangers. Vous me trouverez parfois affairée à préparer quelque tisane ou potion contre la migraine d'Art ou les insomnies. Il faut dire que très jeune, j'ai manifesté un tempérament curieux et un vif intérêt pour les savoirs que recelaient les livres de la bibliothèque familiale. Il fallait quasiment me traîner de force à l'extérieur ; quant à apprendre à manier l'aiguille ou jouer de la harpe, cela m'ennuyait à en mourir, mais ce n'est pas comme si on m'avait laissé le choix. Chez les Lestival, une demoiselle noble doit correspondre à certains critères traditionnels et j'ai donc absorbé cette éducation bon gré mal gré, sans y montrer de talent particulier, tout en m'échappant dès que je le pouvais vers des activités plus stimulantes.

J'ai eu de bons précepteurs et un accès facile à de multiples ouvrages, du fait de la situation florissante du Comté. Mes parents toléraient ma passion pour les ouvrages de sciences sans l'encourager. Dès qu'il fut évident pour ma mère que je partageais ses prédispositions à l'Art, je fus également initiée à sa pratique. Je n'avais guère le temps de m'ennuyer et cela me convenait. Vers l'âge de neuf ans, ma mère décéda en couches et après un temps de deuil, il fut décidé entre mon père, mes cousins les Sangréal et leur Maître d'Art que je poursuivrais mon instruction auprès de ce dernier. Mon père avait compris que je ne ferai jamais une très bonne "fille à marier" et que mes dons seraient mieux employés à Belcastel...  

J'ai donc quitté le château familial avec un mélange de crainte et d'enthousiasme vers l'âge de dix ans, pour étudier avec mon Maître d'Art. Je revenais très souvent au domaine de Beauverger, partageant ma vie entre ces deux foyers, et en grandissant j'ai de plus en plus considéré ma situation comme un privilège. Tout ce qui m'intéressait était d'être libre et d'apprendre. La seule perspective d'être mariée, enchaînée en somme à un homme qui aurait sur moi une certaine autorité, pour mener une vie de mère de famille et de maîtresse de maison, m'horrifiait - ce n'était pas moi, je le savais, et je savais aussi que ma position de membre du Clan d'Art était la seule excuse acceptable à mon refus de considérer les éventuelles propositions d'alliance faites à mon père, sans passer pour une fille indigne. J'honorai ma maison en servant notre suzerain comme Artiseuse et je chérissais ce rôle. Quant à l'amour... je n'ai jamais été une romantique rêvant du prince charmant. La perspective de quelque liaison discrète et sans conséquence me suffisait ; j'avais de toute façon trop à faire pour me soucier beaucoup de ces choses, tout en y étant préparée par les conseils de ma sœur aînée. Mais je n'en dirais pas plus pour l'instant, ma vie sentimentale ne regardant que moi...

Il en alla ainsi jusqu'à mes dix-huit ans, âge auquel les propositions de mariage cessèrent plus ou moins, ma réputation d'Artiseuse entièrement vouée à sa fonction étant désormais établie. A partir de là, j'ai commencé à passer presque tout temps à Belcastel, ne revenant qu'occasionnellement à Beauverger pour voir ma famille. A Belcastel, j'ai ma vie, et mes amitiés. Chance et Liberté Sangréal, mes cousins, comptent beaucoup pour moi. J'ai eu la chance de voir grandir Liberté et de participer à son éducation en tant que demoiselle noble, et j'ai été formé en même temps que Chance à l'Art. Je les aime tous les deux, Liberté si franche et brave, bien plus que je ne saurais jamais l'être, et son frère têtu à m'en faire perdre patience, mais trop charmant pour déplaire à quiconque. Ces années ont tissé entre nous des liens précieux et j'espère être à la hauteur de leurs espérances dans les missions qui me seront confiées. Aujourd'hui, je me tiens dans l'ombre de Chance à Castelcerf où il se trouve pour des raisons diplomatiques, et je ferai tout mon possible pour l'appuyer dans sa tâche. 

Derrière l'écran

◆ Pseudo : Bah, Elégance, c'est bien… sinon j'en ai eu beaucoup (trop) alors la liste serait longue.
◆ Comment avez-vous découvert le forum ? Google est fin limier. « forum rp six duchés » ^^ Je peux vous dire que j'étais contente, le rp me manquait trop et je désespérais de trouver un contexte qui me motive !
◆ Un avis, des questions ? Nan, tout est clair, joli et tout… j'aime bien votre manière de faire évoluer les intrigues… j'ai été bien accueillie… y a de belles plumes, bref c'est chouette, merci à vous ! Je n'ai pas trop l'habitude des avatars dessinés mais je m'y ferai^^
◆ Voulez-vous être parrainé ? Non, ça devrait aller, on m'a déjà bien aidée et je suis une vioque pour ainsi dire en matière de rp donc j'arrive à trouver mes marques Smile
◆ Multicomptes : Pas encore mais faîtes gaffe, quand j'aime je ne compte pas Oo
◆ Partant pour un défi rp ? J'ai un peu peur mais « allons-y » comme dirait le 10e Docteur !
◆ Team Tymie ou Team Courage ? Alors là vous me posez une colle. Je ne suis pas très équipe en général… euh, je vais réfléchir à la question !




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Dernière édition par Elégance Lestival le Dim 26 Oct - 21:11, édité 20 fois
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Sam 11 Oct - 18:37

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Bonne chance pour la validation de ta fiche Élégance !!
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Sam 11 Oct - 20:09

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Bienvenue et bon courage pour la validation !
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Sam 11 Oct - 20:12

Humble Lobreth

Ménestrel

Ménestrel
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Bienvenue et Bon courage pour tout ^^

encore une noble, on va plus avoir de place bientôt X)
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Sam 11 Oct - 23:21

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Bienvenue à toi Elegance,

Si je ne m'abuse pas, je parierais que tu es Lantheïa.
Je m'occuperais de ta fiche demain matin Smile
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Dim 12 Oct - 10:03

Elégance Lestival
Noble de Labour
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Aaaaah Viv dans mes bras !   :987:  Je ressusciterai peut-être Lan un de ces jours^^ Et toi, tu es... Miranda ?  :jongl:

Je crois que Liberté voulait s'occuper de ma fiche, c'est comme tu sens, je peux attendre son retour ce n'est pas gênant Smile (edit : j'en ai profité pour étoffer un peu...)

Merci à tous de l'accueil :123:



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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Dim 12 Oct - 22:01

Silence Hodd

de Castelcerf

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Bienvenue, officiellement !  :rainbow: Joli personnage, et jolie plume ! Mais si Viviane dit que tu es Lantheïa, je comprends mieux !  :fan:  (On ne s'est pas vraiment parlé, mais je jouais Renaud) Ravie de te recroiser par ici !

Je laisse les modottes s'occuper de ta fiche alors. (Et pour Dragon Age... ben je suis bête mais étant sur mac, ça ne marche pas. Je l'ai téléchargé quand même, pour l'avoir sur mon compte au cas où, quand je changerai *pan*) Je repasserai valider au besoin, mais d'avance bon jeu parmi nous ! :123:



Merci Liberté ! :tymievigueur:
Merci mon filleul luth(eur) :coeur::
 
Et merci Viviane pour le vava ♥️

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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Dim 12 Oct - 22:48

Elégance Lestival
Noble de Labour
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Renaud :hiya: Eh bien on aura peut-être enfin l'occasion de croiser la plume :friends: J'suis toute émue c'est bête... mais je suis contente de retrouver des complices de rp ! :fan:



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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 21:18

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Elle avait effectivement réservé ta validation. En tous, cas vivement que tu sois validée Smile
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 21:22

Silence Hodd

de Castelcerf

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Elégance Lestival a écrit:
Renaud :hiya: Eh bien on aura peut-être enfin l'occasion de croiser la plume :friends: J'suis toute émue c'est bête... mais je suis contente de retrouver des complices de rp ! :fan:
Ouiii moi aussi ! Mais même si on n'a pas eu l'occasion de se croiser en rp, ça fait toujours drôle de retrouver quelqu'un :tymievigueur:



Merci Liberté ! :tymievigueur:
Merci mon filleul luth(eur) :coeur::
 
Et merci Viviane pour le vava ♥️

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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 22:54

Liberté Sangréal
Noble de Labour
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Bienvenue à toi officiellement ma belle cousine ! Alors, très franchement, je suis bluffée... Tu as une plume magnifique, très fluide et agréable à lire, ton personnage est bien construit, je n'ai strictement rien à redire à ta fiche, si ce n'est que j'ai grand'hâte de jouer avec ma cousine préférée !

Silence ou un autre admin peut donc, à mon sens, te valider, te donner ton rang et tout ce qui va avec.

Je ne peux que te proposer également de voir avec Chance si vous souhaitez créer le prédéfini de votre maître d'art commun ici.

En ce qui me concerne, te voilà validée, bienvenue encore ! :rainbow: :hug: :123: :987: :highfive:
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 23:03

Elégance Lestival
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Grand merci ! :constance: Je suis ravie et prête à Rp :loyal:



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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 23:22

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Félicitations !

C'est Lestival ce soir à Labour !!
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 13 Oct - 23:28

Silence Hodd

de Castelcerf

de Castelcerf
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*badum-tss!* (bon j'avoue j'y avais pensé xD)

J'officialise donc de ce pas la validation ! Vivi, Courage ou ignépée passera te donner ton défi rp mais tu n'as pas besoin d'attendre dessus pour commencer à rp. Bon jeu !  :rainbow:



Merci Liberté ! :tymievigueur:
Merci mon filleul luth(eur) :coeur::
 
Et merci Viviane pour le vava ♥️



Dernière édition par Silence Hodd le Ven 17 Oct - 19:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Ven 17 Oct - 19:35

Ignépée

Marchand

Marchand
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Toc toc ! Ch'uis l'préposé aux défis m'dame, c'est bien ici qu'on a demandé une folle aventure dans les sphères de l'imagination, tout ça ? Ouaip, alors signez ici et c'est parti.

Belle fiche : simple, claire, joliment construite ; bref, les qualité de beauté et de sobriété requises (à l'instar du personnage) pour faire de bons RPs du terroir. J'ai vu que tu avais d'ailleurs déjà commencé mais je me permettrais tout de même de te souhaiter la bienvenue et de bien t'éclater parmi nous ! Sur ce :

Here come the défi ! Fuck yeah.

"Voilà une semaine qu’Élégance se réveille au matin dans un endroit différent, atteinte de somnambulisme, avec des objets bien précis dans les mains. Ton maître d'Art t'assure n'avoir ressenti aucun lien magique, même en veillant à ton chevet, et pourtant, chaque soir, l'inexorable se produit ; comme une possession. Comment est-ce possible ? Et surtout : pourquoi Élégance à t-elle cette terrible impression que ses virées nocturnes obéissent à une logique bien précise ?"

A toi d'inventer le fin mot de l'histoire, fais nous vibrer ! Ton défi devra au moins comporter un de ces objets :
  • Une dague.
  • Une clé.
  • Un oiseau dans une cage.
  • Un parchemin.


Une fois ton défi posté, merci de le signaler en allant éditer ta fiche d'inscription pour cliquer sur l'icône du sujet "défi rp posté chef !" qui se trouve juste au-dessus de la zone pour écrire. La probabilité que ta réponse échappe à ma vigilance de poulpe étant too god damn high !, je te conseillerai de m'envoyer un petit MP quand tu en auras fini. Cela étant, poussière d'inspiration soufflée sur ton visage et, surtout, j'espère que tu prendras plaisir à écrire ce petit défi !


"Cherche pas la p'tite bête, bonhomme, ou tu vas trouver la grosse."
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Dim 26 Oct - 21:11

Elégance Lestival
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Tout avait commencé la première nuit de la Fête de Printemps. Cette année-là, j'avais dix-neuf ans, et les festivités saisonnières n'avaient plus pour moi la même signification. Alors que les demoiselles nubiles attendent généralement ces réjouissances avec l'impatience anxieuse associée aux premiers émois ou aux premiers pas dans l'accomplissement de leurs ambitions sociales, selon le degré de romantisme de chacune, j'avais toujours appréhendé la danse subtile des prétendants et de leurs familles autour de ces questions muettes. Depuis quelque temps toutefois, j'étais sortie du terrain de chasse à force d'imposer l'image d'une Artiseuse bien trop occupée par sa charge auprès de la famille suzeraine pour être l'instrument d'une alliance. Et cette liberté nouvelle me permettait d'apprécier les célébrations plus que je ne l'avais jamais fait jusque-là. Les banquets artistiquement dressés, les desserts raffinés, les fleurs, rubans et fanions qui pavoisaient le château de Belcastel dans une explosion de couleurs, les invités en grand apparat glissant sur la piste de danse au rythme de pas compliqués mais gracieux, ravissaient mes sens et m'étourdissaient de plaisir. Un tourbillon de rencontres et de retrouvailles se déroulait dans cette ambiance joyeuse : des familles nobles du duché, grandes et petites, à la haute bourgeoisie locale, en passant par la multitude de domestiques et bateleurs officiant ce soir-là, j'avais l'occasion d'observer une foule captivante, éclatante dans ses atours chamarrés.

Non loin de moi, mon père, le comte de Beauverger, riait du bon mot d'un baron voisin, la belle dame Amarante se disputait avec son mari au sujet d'une danse volée, le duc de Labour complimentait un joueur de luth à la mine timide, le bailli entretenait le trésorier de Belcastel avec énergie, et un montreur d'animaux faisait faire des révérences à un couple de colombes sous le regard béat d'un jeune page portant un plateau de confiseries. Des bribes de dialogues et de plaisanteries flottaient comme à la dérive à travers la salle, et je ne cessai de devoir abreuver telle ou telle connaissance plus ou moins distante des derniers événements du château où j'avais le privilège de résider. Un des groupes auxquels je me mêlai, après avoir laissé un serviteur remplir ma coupe une fois de plus, comptait dans ses rangs plusieurs femmes nobles et gentilshommes de plaisante compagnie. Moins plaisante en revanche était la présence de Dame Pétulante Bonrenom aux côtés de son fils Prude. Dame Pétulante était de ces créatures en croisade continuelle contre tout, qui se font un devoir de rabaisser le monde comme pour le mettre à leur niveau et faire oublier leur propre médiocrité. Une virago aux narines si étroites qu'il semblait miraculeux qu'elle puisse seulement respirer, et dont l'horrible petite bouche flétrie semblait sucer en permanence un bonbon imaginaire – le miel de sa propre suffisance, supposai-je. Engoncée dans une robe alambiquée, parlant haut et sans gêne, elle avait passé en revue les desserts, « tous plus décevants que les autres », sans pour autant se priver d'en avaler une portion respectable, et n'avait à présent de cesse de faire pleuvoir les critiques sur son fils, pourtant en âge d'être traité comme un adulte.

« Tenez-vous droit, Prude ! Croyez-vous que c'est en fléchissant les reins que l'on domine le monde ? Bonté divine, cette lavallière est du dernier ridicule. Où donc aviez-vous la tête, mon garçon ? Est-ce encore une de vos ruses stupides pour faire fuir les jouvencelles ? Il ne sera plus temps de reculer quand il s'agira de planter votre semence, et cela ne saurait tarder. Ou bien croyez-vous que le domaine puisse se passer d'un héritier ? Vous croyez avoir tout le temps du monde, mais vu votre vigueur, plus tôt vous vous attellerez à la tâche, mieux cela vaudra. Je vous ai nommé Prude pour que vous fassiez preuve de vertu et de dignité, non pour écoper d'un escogriffe efféminé.»

Elle n'avait jamais acquis la retenue minimale qui aurait maintenu sa voix à un niveau raisonnable selon les critères de bienséance et nous pouvions tous profiter de ces commentaires désobligeants, bien qu'elle ne parut pas s'en rendre compte ou s'en soucier. J'avais longtemps cherché à comprendre comment une fille de bonne famille avait pu en arriver à ce degré de grossièreté, preuve que l'éducation ne constitue pas le remède absolu à toutes les failles de caractère. Autour d'elle, on se glissait des regards amusés ou gênés et des moues entendues ; le pauvre Prude, trop timide et trop poli pour faire un esclandre, arrondissait les épaules sous ce déluge de piques, les pommettes rouges de confusion. Buvant tranquillement ma coupe, j'attendis que la marâtre reprit sa respiration pour lancer à son fils d'un ton espiègle : « Mon cher Prude, qu'attendez-vous donc pour inviter Damoiselle Sylve d'Argent à danser ? Elle n'a pas encore de cavalier et ne cesse de vous couler des regards éloquents depuis tantôt. »  

Prude, dont les méninges étaient plus vives que celle de sa génitrice, saisit cette opportunité avec un soulagement évident et un sourire de gratitude. Était-ce de la vapeur qui montait des oreilles de sa mère ? Rajustant le lourd diadème qui empesait sa chevelure frisottée, elle se recomposa une contenance et réorienta aussitôt ses flèches vers un ménestrel coupable de fausses notes. Alors qu'elle s'éloignait de notre cercle en l'apostrophant, les conversations reprirent sur un ton plus civilisé. Peu après, ma nature délicate me rattrapa ; un peu assommée par l'alcool, l'agitation et le tintamarre des divertissements, je me retirai assez tôt, prenant soin avant le coucher de me concocter une tisane sédative dont les effets m'étaient habituellement bénéfiques.

A l'aube, la clarté du jour se fraya un chemin sous mes paupières et je me découvris tremblante, recroquevillée dans l'herbe humide d'un jardin en terrasse. J'avais l'impression glaçante d'être en danger, et cette sensation terrassait toute pensée cohérente ; mon cœur battait la chamade et un voile de sueur couvrait mon front alors que je tentais de mettre en ordre les débris de mes souvenirs. L'air frais éclaircissant peu à peu mes pensées, je réalisai que je venais de me réveiller, et que cette angoisse n'était vraisemblablement que le reliquat d'un cauchemar. Mais pourquoi, au nom du ciel, me trouvai-je dans ce jardin ? Quelle heure était-il ? Ne m'étais-je pas couchée dans mon lit, comme chaque soir, après le bal ? Je ne me rappelais pas être sortie, encore moins m'être couverte, pourtant le poids de ma robe de chambre sur mes épaules indiquait le contraire. J'étais, au-dessous, encore en chemise de nuit, et dans mes mains je serrais une petite faucille de jardinier comme si ma vie en dépendait.  

Hébétée mais commençant à retrouver mon sang-froid, je dépliai un à un mes membres ankylosés, prenant conscience de la fraîcheur qui s'était insinuée sous mon épaisse robe de chambre. Je frissonnais, j'étais percluse de tensions et souillée de terre, avec rien d'autre à mes pieds qu'une pantoufle solitaire. Désormais plus horrifiée par la perspective de m'afficher en pareil attirail que par mon supposé cauchemar, je serrai mes vêtements sur mon corps engourdi, quittai le jardin et regagnai ma chambre, mes pensées bourgeonnant en vaines spéculations. Je m'assis un moment sur mon lit pour pratiquer, avant toute autre chose, un des exercices de concentration enseigné par Maître Placide. Mon attention fixée sur la pensée d'une fleur s'ouvrant dans mon cœur à chaque inspiration, et se refermant à chaque expiration, je sentis peu à peu mon souffle s'harmoniser et les vagues de mon esprit s'apaiser.

Somnambule. J'étais somnambule. Voilà la conclusion qui s'imposa à moi après cela. Je me rappelais avoir évoqué la veille, avec ma cousine Liberté, la possibilité d'aller au jardin des simples afin de cueillir certaines plantes arrivées à maturité. L'absorption de ma tisane avant le coucher avait sans doute ramené ce plan inachevé au premier plan de mon esprit. D'où ma présence dans les jardins, et la faucille entre mes mains. Soulagée par cette explication, je me débarrassai de mes habits tâchés et humides, espérant que le velours vert amande et le lin diaphane n'étaient pas irrémédiablement ruinés, et procédai à ma toilette, pensive. Ma petite sœur avait souffert de telles crises dans sa prime enfance. Il me semblait en avoir connu moi-même mais cela remontait si loin que je doutais de mes souvenirs. Ce trouble ne frappait donc pas que les enfants ? La question soulevait tout un pan de savoir hors de ma portée, et c'était assez pour me distraire des festivités qui se poursuivaient – une semaine entière de célébrations avait été organisée. Après mes routines matinales, je me rendis auprès du guérisseur du château, qui sortit de sa bibliothèque plusieurs ouvrages sur le sommeil en réponse à ma curiosité, avant de retourner s'occuper des fêtards les plus éprouvés par les excès de la veille. De retour dans mes quartiers en possession de ces ouvrages, j'appris par mes lectures que le somnambulisme frappait parfois les adultes, que certaines personnes se rappelaient partiellement leurs crises, la plupart n'en gardant aucun souvenir, et que leurs capacités durant cette phase variaient d'une absence totale de perception à des comportements élaborés, supposant une certaine appréhension de leur environnement.

Je n'étais guère plus avancée quant aux causes. L'on parlait de tare héréditaire, de perturbations des humeurs, de maladie des nerfs, et même de possession par des esprits défunts. Cette dernière version, évidemment qualifiée de superstitieuse, ne me laissa pas de marbre. Je me rappelais la peur qui m'avait tenaillée à mon réveil, et la férocité désespérée avec laquelle je tenais alors la faucille. D'un haussement d'épaules, je chassai cette idée puérile. N'étais-je pas bien placée, en tant qu'Artiseuse, pour savoir à quel point l'esprit humain est impressionnable ? Toujours est-il que la faucille en question devait retourner là où je l'avais prise, vraisemblablement l'appentis du jardin des simples. J'en pris donc le chemin et me trouvai bientôt à l'ombre d'un mur de pierre bardé de treillis sur lequel courait des vrilles de chèvrefeuille, parmi les carrés et les haies entretenus par le jardinier du duc et quelques amateurs d'herboristerie.

Le jardin d'agrément dans lequel je m'étais réveillée se trouvait à quelque distance de celui-ci ; j'eus un rictus en pensant aux singeries qu'un sommeil troublé pouvait vous faire accomplir. La porte de l'appentis était restée entrouverte, confirmant mes conclusions, et ma pantoufle perdue m'attendait bien sagement devant. Je remarquai en me dirigeant vers l'édicule qu'un parterre de menthe avait été piétiné et me mordis la lèvre, incriminant ma propre personne, avant de  découvrir qu'à l'évidence, je n'avais pu causer ce saccage. Premièrement, il y avait là des empreintes trop larges et profondes pour m'appartenir, deuxièmement je connaissais si bien les lieux que mes jambes m'auraient dirigée d'elle-même vers les allées de gravier. Ah, sans doute un couple de tourtereaux fuyant la salle de bal pour un baiser volé au clair de lune. Je souris et remis la faucille à sa place dans l'appentis dont je fermai cette fois soigneusement le battant. En partant, je vis des tâches sombres dans l'herbe, pourpres voire noirâtres, sur lesquels s'agglutinaient des insectes. Du sang ? Voilà qui était plus insolite, mais je ne voyais pas d'où cela pouvait venir ; soit le jardinier s'était blessé accidentellement, soit des chats s'étaient battus là cette nuit. C'était la saison des amours et certains mâles pouvaient être particulièrement agressifs en cette période...

Ce soir-là, je retrouvai au banquet ma famille, et passai un joyeux moment à danser au bras de mon frère Courtois, qui avait fort belle allure dans son nouveau pourpoint vert décoré de l'arbre d'or des Lestival. Je lui confiai ma mésaventure en riant, ce qui le fit sourciller. « Somnambule à ton âge ? N'est-ce pas un peu étonnant ? »

« Eh bien, c'est inhabituel certainement, mais pas exceptionnel. L'excitation des festivités, l'alcool, tout cela m'a peut-être dérangé les nerfs. J'éviterai le vin de pomme ce soir... »

Me fixant de son regard d'azur, sans cesser d'enchaîner les pas solennels de la passacaille que jouaient les ménestrels, Courtois objecta avec curiosité : « Ce n'est pas ta première Fête de Printemps, que je sache, et tu n'as jamais réagi de la sorte. Est-ce que cela pourrait avoir un rapport avec ton Art ? C'est une magie de l'esprit, après tout. »

Sa question me prit de court ; pas un instant je n'avais envisagé cette option, et aucun des livres que le guérisseur avait mis à ma disposition n'examinait cette possibilité. Pour autant, elle n'était pas dénuée de fondement. Je promis à Courtois de consulter mon Maître d'Art si jamais cela venait à se reproduire, mais dans mon esprit cet épisode appartenait déjà au passé.

C'était aller un peu vite en besogne, et si j'essayais de me rassurer, le soulagement que j'en retirais fut de courte durée. Après la fête, je pris soin de me détendre dans un fauteuil tout en sirotant une tisane sédative plus concentrée que la veille. Je me rappelle m'être couchée sereine et juste assez fatiguée pour espérer un sommeil sans nuage. Peine perdue : je m'éveillai au matin non dans ma chambre,mais dans une salle d'études, assise sur un tabouret, le buste affaissé sur un secrétaire et un vélin sous ma joue, dont je serrai nerveusement le coin froissé entre mes doigts. Je me redressai étourdie, avec la sensation oppressante de quelque chose à fuir ou à faire sur-le-champ. J'étais seule dans cette pièce que j'avais hantée assez souvent pour reconnaître entre mille ses odeurs d'encres et de parchemins neufs, mais ses ombres profondes, en l'absence de bougies, n'avaient rien d'accueillant. Les rayonnages des étagères et des bibliothèques formaient une masse noire dans la pénombre autour de moi, qui semblait se refermer comme la mâchoire de quelque monstre titanesque. Vivement, je repoussai mon tabouret et retournai en courant à ma chambre. Je m'aperçus alors que je tenais toujours le vélin entre mes doigts. L'espace d'un battement de cœur, suspectant quelque message ou révélation saisissante griffonnée à la hâte, je le tendis sous le halo d'une bougie mourante… pour constater, avec une certaine gêne, qu'il était vierge. Je soupirai, déçue de m'être emballée pour rien, et le rangeai dans mon écritoire. Encore une frayeur irraisonnée. J'étais trop vieille pour me laisser aller à ces enfantillages.

Plus tard dans la journée, comme je l'avais promis à mon frère, je consultai le Maître d'Art. Placide accueillit mon exposé avec le scepticisme raisonnable que j'avais toujours admiré chez lui, sans jugement hâtif ni ébullition intellectuelle superflue. « Je doute que ce soit davantage qu'un phénomène naturel, mais si l'Art en est la cause, cela vaut la peine d'être su ; nous en aurons bientôt le cœur net. Je m'en assurerai personnellement. » promit-il d'un ton posé. Nous convînmes ensemble d'un protocole d'observation à mettre en place cette nuit-là. Je m'en allai ensuite rejoindre Liberté pour l'aider à choisir sa prochaine toilette de fête. En chemin, je croisai et saluai laconiquement Dame Pétulante et son fils Prude ; je crus entendre un reniflement hautain dans mon sillage, suivi d'une voix à peine étouffée : « En voilà une dont les manières sont aussi froides que sa couche – voilà ce qui arrive aux femmes qui laissent passer l'âge de se marier ! ». Chère Pétulante… à l'évidence, ma petite intervention de la veille lui restait sur l'estomac, en compagnie des pelletées de tarte aux fraises qu'elle y avait introduites au risque de faire craquer son serre-taille déjà soumis à rude épreuve. Je me rappelai alors qu'elle et son mari avaient un temps approché mon père pour discuter des possibilités d'une alliance. Je ne m'étais pas fait beaucoup d'amis en me vouant à l'Art ; une fille de comte représentait un beau parti, même si je n'étais pas l'aînée de ma fratrie. Il était clair qu'elle m'en tenait rigueur...

Arrivée à destination, je contai l'incident à Liberté d'un ton désinvolte. « J'espère que l'effort nécessaire à ce trait d'esprit ne lui a pas donné la migraine. C'est soumettre à rude épreuve même un cerveau aussi brillant, et qui donc éclairerait les chiens de manchon et les simples d'esprit si ses lumières leur faisaient défaut ? ». Après quelques rires, nous remisâmes les aigreurs de Dame Pétulance pour nous consacrer au choix de la toilette de Liberté, tandis que sa camériste nous racontait les nouvelles et rumeurs inévitablement associées à tout rassemblement de la bonne société. Fait notable, une ménestrelle avait plié bagage, arguant avoir entendu des bruits étranges durant la nuit et avoir aperçu une créature d'ombre aux yeux embrasés au détour d'un couloir de l'aile est. Certaines servantes de cuisine ne prétendaient-elles pas que cette aile était hantée ? Naturellement, la plupart des gens mettaient l'incident sur le compte d'un abus de vin ou de Fumée, et nous prîmes le parti de ne pas accorder de crédit à ces fables ; le soleil brillait, l'air embaumait et la cité toute entière résonnait de rires et de bavardages joyeux. Il était difficile de croire aux spectres dans un tel cadre, plus difficile certainement qu'au mitan de l'hiver, quand le froid et les ténèbres semblent vouloir aspirer hors de vous chaque bribe de chaleur et de vie.

Par chance, la servante avait d'autres anecdotes à nous offrir : la belle et rieuse Amarante aurait fait les yeux doux à un poète au charme ténébreux, que l'on disait « fort habile de sa langue », une de mes tantes avait fini sa gigue sur le pied du trésorier qui avait dû quitter la salle de bal clopin-clopant, un marguet « savant » s'était essayé à dévorer une colombe pendant une répétition du montreur d'animaux dans la cour, et la Duchesse envisageait d'engager un des ménestrels à demeure pour toute la saison. Distraite par ce flot de petites nouvelles qui m'avaient échappé, j'en oubliai mes propres soucis et n'y songeai plus de la journée.  

La soirée pour sa part se déroula à merveille ; Prude m'invita même à danser pour s'excuser du comportement de sa mère. Lorsque vint l'heure de me retirer, je retrouvai comme convenu Maître Placide à la porte de  mes appartements et ne le fis entrer qu'une fois prête à dormir. Il s'installa à mon chevet dans un fauteuil confortable : nous avions décidé qu'il surveillerait le moindre contact d'Art établi à mon insu, ou l'éventuelle activation d'un ordre d'Art dans mon sommeil. J'eus de la peine à m'endormir et n'aurais sans doute pas réussi sans ma tisane habituelle.

Le lendemain, alors que le soleil était levé depuis peu, ce n'est pas le visage de Maître Placide que je vis à mon réveil, mais celui d'une petite servante blonde, abasourdie et apeurée. « Ma dame ! Ma dame ! Êtes-vous souffrante ? M'entendez-vous? » Debout devant moi, elle portait un plateau de petit déjeuner entre ses mains tremblantes et me regardai avec impuissance. Je portais aussi quelque chose, mais avant de regarder de quoi il s'agissait, je balayai la pièce du regard pour comprendre où mon errance nocturne m'avait entraînée. Ce mobilier sophistiqué et cette décoration sobre, dans les tons ivoire et mauves, appartenaient au boudoir d'une dame noble... douce Eda ! Une bouffée de chaleur embrasa mes joues.

« Je vous prie de bien vouloir pardonner mon intrusion… » dis-je avec une moue contrite. « Il n'entrait nullement dans mes intentions de m'introduire dans les appartements de votre maîtresse sans y être invitée. »

« Une erreur, rien de plus » dit quelqu'un derrière moi, et ce quelqu'un, qui n'était autre que Maître Placide, fit irruption pour expliquer à la pauvre fille que ceci était le résultat inattendu d'une expérience d'Art, et qu'il n'était nul besoin d'en faire étalage – nous comptions bien nous éclipser avant que la maîtresse des lieux ne soit levée, et ne souhaitions nullement troubler sa collation matinale. Tout en l'écoutant déployer ses arguments, j'achevai de retrouver mes sens et décidai de découvrir la nature du poids qui alourdissait mon bras gauche. Il s'avéra que je portais une cage à oiseau en métal argenté ; en la soulevant, je découvris à l'intérieur un pinson.

A sa vue, un hurlement déchirant me transperça, un cri de pur effroi qui montait de ma poitrine et s'échappait de ma bouche comme si l'on m'avait jetée du haut d'une falaise.

Cela ne dura pas, mais juste assez pour que la domestique se décompose et se mette à reculer frénétiquement. Le Maître d'Art, impavide, réitéra son discours rassurant tout en me prenant par les épaules. J'avais lâché la cage qui oscillait à présent dans un léger cliquetis sur le dallage de marbre, tandis que l'oiseau poussait des piaillements aigus. J'étais incapable de dire pourquoi sa vue m'inspirait une telle terreur, mais mon sang martelait mes tempes et j'avais l'impression d'étouffer. Ce n'était qu'un pinson ! Je le savais bien, j'avais souvent écouté cet innocent passereau nous régaler de son chant. Mais il semblait bien que le fait de le savoir ne changeait rien à l'équation. Confuse, je me laissai guider vers la porte alors que la fille livide suppliait Placide de ne plus recommencer ses « dangereuses expériences » en-dehors de la tour d'Art...  

Sur ces entrefaites, nous nous rendîmes à ladite tour, jusqu'à la salle d'exercice où je m'installais sur un banc, les jambes flageolantes. Pendant que je tentais de faire le vide dans mon esprit, Placide me fit monter un bol de lait chaud  en guise de remontant. Assis dans la lumière tombant des hautes fenêtres qui éclairaient cette pièce où je me sentais toujours en confiance, je pus laisser ma terreur refluer jusqu'à n'être plus qu'une pulsation diffuse. « Il y a quelque chose de plus. » affirmai-je, les doigts serrés sur mon bol, mon regard ancré à celui de Placide. « Cet oiseau… ces objets… c'est comme s'il y avait un plan… des fils qui se rejoignent pour former une trame, mais j'ignore laquelle. Tout ce que je sais, c'est que la vérité cachée derrière ces pantomimes me pétrifie. »

« Si ce phénomène a un sens, il n'a rien à voir avec l'Art, en tout cas. » assena mon Maître d'un ton catégorique. « Je n'ai décelé aucune trace de magie, même en veillant toute la nuit. » Je m'aperçus alors qu'il avait les traits tirés et m'en voulus de lui avoir imposé cette épreuve pour une conclusion aussi inutile. « Tu dormais profondément, mais tu étais très agitée dans ton sommeil ; ton visage exprimait une grande angoisse » ajouta-t-il. « Assez tard, tu t'es levée et tu as déambulé dans les couloirs ; je t'ai suivie jusqu'à ce que tu pénètres dans ce boudoir où tu as trouvé la cage à oiseau et fini par te réveiller. Tu semblais inquiète, tu avais le souffle court, mais tes gestes étaient précis, comme si tu savais où tu allais. Et, à un moment… tu as marmonné : Le faucheur aura son dû. Est-ce que cela te rappelle quelque chose ? »

Le faucheur aura son dû. Cela ressemblait aux élucubrations d'une diseuse de bonne aventure. Curieux. Je n'avais jamais été portée sur les déclarations théâtrales. Guère plus avancée, je secouai la tête avant de prendre une gorgée de lait chaud. Placide avait déjà fait beaucoup et je ne pouvais rien attendre de plus de sa part. Avec reconnaissance, je le remerciai et lui conseillai d'aller se reposer, ce qu'il fit, m'exhortant à ne pas m'inquiéter ; il était persuadé qu'il n'y avait rien de surnaturel dans cette affaire et que le guérisseur saurait traiter mon problème tôt ou tard.

Une nouvelle consultation dudit guérisseur, dans la foulée de cet entretien, me valut une prescription détaillée qui ne me rassura nullement. J'étais désormais convaincue d'une logique inexorable derrière ces crises et je doutais qu'une fumigation de mes appartements et un élixir puissent y mettre un terme. Je quittai l'homme de science en ruminant ma prédiction lugubre. Le faucheur aura son dû. C'était encore une chance que je n'ai pas crié ces mots à la face de la servante ; la pauvre fille avait été bien assez secouée. Je pus me rendre compte en croisant quelques connaissances qu'on parlait ce matin-là de la prochaine partie de chasse, du trésorier que l'on disait souffrant, et d'une accusation de vol mineur en cuisine. La rumeur de ma mésaventure ne s'était donc pas répandue, Eda soit louée – ou plutôt Maître Placide et sa calme autorité, propre à sceller les lèvres de la chambrière. De toute façon, cette histoire était si étonnante que je ne l'aurais sans doute pas crue moi-même si je n'en avais été la victime.

Décidée à ne pas laisser d'autres avanies entacher ma réputation, je m'enfermai tout le reste de la journée dans mon appartement où je consacrai toute mon énergie à la résolution de cette énigme. Mes spéculations ne me menèrent nulle part, mais en me raccrochant aux émotions et souvenirs qui affleuraient sous ma conscience, j'acquis la conviction que j'étais dans le vrai : tout cela menait… quelque part, et pas vers quelque chose de plaisant. Le dessin d'ensemble était à portée de mes doigts, mais j'avais beau gratter et creuser, la gangue de sable qui le dissimulait semblait toujours se reformer. Peu après le déjeûner, on toqua à mon huis ; ne disposant pas d'une servante à cette heure, je me chargeai d'ouvrir la porte et trouvai sur mon seuil un laquais en compagnie d'un petit bonhomme fébrile que je crus vaguement reconnaître. « Dame Élégance ! Maîtresse Sève m'envoie vous présenter ses excuses... » s'écria le garçon avant même que j'ai pu ouvrir la bouche. Le laquais lui jeta aussitôt un regard sévère et s'éclaircit bruyamment la gorge. « Si vous permettez… ma dame, laissez-moi introduire Rameau Chastain, apprenti de Maîtresse Sève l'Herboriste, de Belcastel... ce garçon prétend avoir des excuses à vous présenter. »

Je hochai la tête, attendant la suite, mais un soupçon commençait à me tarauder. L'apprenti trépignait littéralement. « Dame Élégance, Maîtresse Sève implore votre pardon ! Elle est trop faible pour se déplacer mais elle m'a demandé de venir vous présenter des excuses à sa place. Lorsqu'elle a préparé votre dernière commande, elle a interverti par erreur la camomille baugienne séchée avec une plante exotique qui lui ressemble fortement, mais dont les propriétés sont à l'opposé. A forte dose, et selon les plantes avec lesquelles elle est combinée, cette fleur peut provoquer des troubles du sommeil et du rythme naturel d'éveil… j'ose espérer que vous n'avez pas souffert de tels désagréments ! Maîtresse Sève souffre d'une maladie des yeux, elle a promis de consulter un guérisseur. En attendant, je m'occuperai de lire les étiquettes à sa place afin qu'aucune autre erreur regrettable ne soit commise ! » Il débitait son discours avec une précipitation désolée. Je me permis de lui tapoter l'épaule, riant intérieurement. « Rameau, je suis soulagée d'entendre cette explication. J'ai consommé cette plante à mon détriment, mais je connais maintenant la cause de mes symptômes. Dis à Maîtresse Sève que j'accepte ses excuses, mais veille à ce que cela ne se reproduise pas. Elle a besoin de ton aide, j'en ai peur. »

L'apprenti parut s'effondrer en apprenant que j'avais consommé la fausse camomille baugienne, mais ma contenance le rassura. Après s'être morfondu en excuses, il prit congé sous l’œil réprobateur du laquais qui s'inclina avec raideur devant moi et le raccompagna. A peine la porte refermée, je me hâtai de chercher le pot d'herbes incriminé dans ma pharmacopée. Il faudrait que Sève m'en donne la dénomination exacte ; ses propriétés étaient pour le moins surprenantes. J'allais jeter le mélange composé avec cette herbe trompeuse quand une certitude me frappa : ceci était peut-être la cause de mes crises de somnambulisme, mais la logique de mes vagabondages n'appartenait qu'à moi, et ces étranges compulsions n'en avaient pas moins de sens. J'en avais l'intime conviction. Si je cessais de prendre cette potion… saurais-je le fin mot de l'histoire ?

Déterminée à aller au fond de l'affaire, dussé-je me droguer pour cela, je mis de côté la tisane, ouvris mon écritoire et entrepris de coucher sur le parchemin les événements récents dans les moindres détails. Je jetai ensuite sur une page les mots qui dansaient dans ma tête, comme une carte en désordre dont je devais retrouver les frontières exactes. La faucille… les jardins… les empreintes… un vélin… une cage à pinson… un boudoir… les couloirs… la nuit… la peur. J'ajoutai quelques souvenirs de rumeurs : les ténèbres… des yeux ardents… des secrets… ma tante et le trésorier… dame Amarante… une querelle conjugale…Lorsque je me résolus à aller dîner, j'avais l'impression de brûler. Penser à autre chose me permettrait peut-être d'y voir clair à mon retour. A regarder un ouvrage de trop près, on n'en distingue plus les contours.

Trois jours s'écoulèrent encore sans que la vérité n'apparaisse. Je m'éveillai un jour dans l'alcôve de ma garde-robe, tenant un masque de bal multicolore, le lendemain dans un salon, caressant des doigts un grand miroir d'argent rond, et le surlendemain, au beau milieu de la nuit, aux cuisines avec un chiffon tâché de sang. Je commençai à désespérer de l'utilité de poursuivre l'expérience, mais plus le temps passait, plus je sentais la vérité effleurer mon esprit. Comme si mon agitation avait contaminé les gardes du château, des patrouilles se multipliaient. De nouvelles rumeurs de silhouette et de bruits mystérieux se répandaient tandis que les célébrations suivaient leur cours envers et contre tout. Plusieurs invités et habitants du château se laissèrent assez intimider pour plier bagage ou se cloîtrer dans leurs chambres en se faisant porter pâle, mais cette vague de peur ne toucha que les plus impressionnables, même lorsqu'une couturière se plaignit d'avoir trouvé un énorme rat mort égorgé dans sa réserve à tissus.

Ainsi arriva le dernier soir de fête. Cette semaine de mésaventures m'avait épuisée, et j'avais du mal à tenir la cadence. Invitée à danser par un chevalier, je fis de mon mieux pour ne pas le ralentir, tout en observant les autres invités en piste. Quand on observe vraiment un groupe, on remarque toutes sortes de détails curieux. Trop de choses attiraient mon attention, de la mine fermée du bailli aux maladresses répétées d'un bateleur en passant par l'air troublé du Duc et le rire un peu trop éméché de dame Amarante. Au milieu des réjouissances, alors que j'avais regagné ma place, une algarade éclata du côté de cette dernière, et son mari quitta la salle en fulminant ; j'entendis un serviteur répéter à un autre qu'il avait juré de retrouver « ce poète de malheur » pour lui administrer une correction ; la rumeur disait donc vrai. Visiblement perturbé par l'incident, un acrobate bouscula un page qui renversa sa carafe de vin de pomme sur les genoux de mon père, qui eut la bonne grâce de ne pas s'emporter.  

« Cette soirée part à vau-l'eau »
commenta l'intarissable Dame Pétulance, assez loin du Duc pour ne pas atteindre ses oreilles. « Quoi d'étonnant quand une dame de sang noble se comporte comme une femme de petite vertu. Mais peut-être son sang est-il moins pur que sa famille ne le prétend. » Ce genre de sous-entendu désignait soit une bâtardise dissimulée, soit la « souillure » du Vif – même si ce dernier était toléré en Labour, il n'était pas pour autant du goût de tout le monde, et certains suivaient la position des Loinvoyant en la matière. J'avais toujours apprécié Dame Amarante, qui était fort aimable et attachante au-delà de son exubérance, et cette saillie m’écœura. « Plus pur assurément que les auréoles laissées sur une étoffe de second choix par une danse vigoureuse, ma chère » dis-je en m'éventant ostensiblement à ses côtés, l’œil sur le dessous de ses mancherons. Prude empoigna sa mère par le coude et la tira à l'écart avant qu'elle ne s'étouffe dans sa propre indignation. « Venez donc goûter ces gâteaux au miel de printemps pour adoucir votre humeur, mère… on dirait que vous avez mordu dans un citron, cela ne vous sied guère. ». Il m'adressa en douce un clin d’œil et je lui rendis un sourire.

Chacun excepté cette mégère s'efforçait de redonner à la fête son entrain. Il semblait pourtant qu'une certaine tension régnait ici et là. Les invités battirent en retraite plus tôt que les soirs précédents, et je regagnai ma chambre avec un mélange d'excitation et d'inquiétude. Les ombres s'étirant dans les couloirs éclairés par des chandeliers me semblaient menaçantes, m'incitant à guetter des bruits furtifs. N'avais-je pas entendu un grincement inhabituel en prenant ce corridor ? Un son feutré derrière moi en haut de cet escalier en colimaçon ? Je pressai le pas et retrouvai avec bonheur la sécurité de mon appartement que je pris soin de fermer à clé. J'avais beau être rationnelle, quelque chose me disait que je n'avais pas rêvé – il y avait bel et bien quelque chose qui rôdait dans le château. Quoi que ce soit, je redoutais d'y être confrontée.

Je préparai et bus consciencieusement ma tisane spéciale puis me coulai sous mes draps. Quand mes paupières se soulevèrent, une éternité plus tard, tout ce que je vis était du sang.

Un instant, je crus que je rêvais encore, et je m'accrochai aux reliques de mon cauchemar comme au bois flotté d'une épave qui se disperse irrémédiablement entre les vagues. « Je sais comment te faire changer de chanson » pensai-je, sans savoir d'où cela venait, et je me mis à trembler. Accommodant ma vision, je réalisai que le sang était réel. Il tapissait la porte de chêne qui se dressait devant moi. Et maculait la dague que je tenais entre les mains. Il gouttait en lourdes perles écarlates de la dépouille saccagée d'un volatile cloué à la porte – une colombe, mais elle n'avait plus grand-chose de l'oiseau délicat, d'un blanc virginal, que le montreur d'animaux exhibait aux enfants. Je me rappelle avoir contemplé avec une fascination horrifiée et une peine indicible cet être vivant mis en pièces, ses entrailles répandues, littéralement arrachées hors de son tendre petit corps, jusqu'à ce qu'un cri me tire de mon hébétude.

« Que s'est-il passé ? Dame Elégance, que faîtes-vous ici ? Qu'avez-vous fait ? »

Quelqu'un me tira par l'épaule et je lâchai la dague ensanglantée avec incompréhension. « Je viens de la ramasser » dis-je sur un ton d'excuse, les sens embrumés, à la limite de la nausée. Je savais que c'était vrai, mais je ne savais pas comment. Le visage qui se tourna vers moi était celui d'un garde en livrée. Ils étaient plusieurs, vis-je alors. « Le valet du trésorier a découvert ceci à l'aube en venant réveiller son maître. Vous étiez déjà là ? » s'enquit l'homme avec fermeté, mais sans brutalité. « Non, je… je ne crois pas. Je pense que je viens d'arriver. »

« Vous pensez ? » s'exclama un des gardes, oublieux du protocole. Il faut dire que ma tenue et ma situation ne prêtaient guère au respect de l'étiquette. Je secouai la tête, chassant la toile de sommeil dans laquelle j'étais encore à demi engluée, et passai mes deux mains sur mon visage avant de lui répondre d'un ton sec : « Une crise de somnambulisme. Je suppose que cette vision m'a suffisamment choquée pour en sortir. » Le plus gradé dit avec prudence : « Je veux bien vous croire, Dame Élégance, mais votre présence ici semblera certainement suspecte à Maître Valpinson. C'est une étrange coïncidence que vos pas vous aient portée tout droit sur le pas de sa porte juste après qu'un délit y ait été commis. »

Il avait raison, et pour cause : ce n'était pas une coïncidence. Je restai coite un instant. « Maître Valpinson ? » Douce Eda. Comment avais-je pu ne pas retrouver ce nom enfoui dans ma mémoire !  Trop de fonctionnaires au château… « Vélin Valpinson, c'est cela ? ». Je réfléchissais tout haut, mais l'officier crut à une question. « Le trésorier du Duc. Cette porte est celle de ses appartements. Et ceci est à l'évidence une menace contre son épouse, Blanche. Quiconque a mis en scène ce sacrifice cherche à lui porter atteinte. Si vous savez quelque chose à ce sujet… » Il restait méfiant, je le sentais, et quoi de plus normal ? Mais on ne devient pas officier sans une bonne dose d'intuition quand il s'agit de deviner le mensonge. Mon expression hagarde et harassée, et ma tenue guère fonctionnelle parlaient pour moi. Avant que je n'ai pu répondre, le battant s'ouvrit tout grand et le trésorier apparut, un air de panique sur sa longue face chevaline.

« Ah, sergent, enfin... j'ai cru que ce brave Tom s'était égaré en allant vous prévenir. Mon épouse est très choquée et se repose. Quelle farce stupide, et du plus mauvais goût… il faut dire que mon métier m'attire quelques inimitiés ; ce n'est la première fois que l'on me joue un mauvais tour. Sans doute une bande de jeunes fats se sera monté le bourrichon après une fête trop arrosée. » Son regard tomba sur moi et ses yeux gris s'écarquillèrent de surprise. « Dame Élégance, est-ce bien vous ? Vous étiez dans les parages à cette heure ? »

Induit en erreur par mon accoutrement, il croyait peut-être que je revenais en douce d'un rendez-vous galant, mais j'avais mieux à faire que de le détromper. Qu'il ronge cet os-là, et tant pis si demain ma fidèle amie Dame Pétulance en faisait ses choux gras. Je voulais savoir la vérité. « Le fait est que je me trouve à votre porte, Maître Valpinson, avec une question. Dîtes-moi… le faucheur aura-t-il son dû ? »

J'avais frappé à tout hasard, et j'avais fait mouche. Ses lèvres s'entrouvrirent d'émotion tandis que ses yeux s'agrandissaient. « Qu'est-ce que cela veut dire ? » s'enquit le sergent en me saisissant par le poignet. « Cela veut dire que Dame Elégance et Maître Valpinson sont à présent consignés au château sous ma garde » déclara une voix que je ne reconnus pas immédiatement. Nous vîmes venir à nous depuis le couloir un homme râblé que j'identifiai à sa mine autant qu'à ses insignes : le bailli de Belcastel. Grattant machinalement la barbe qui ombrait sa mâchoire anguleuse, il posa sa main libre sur l'épaule du sergent. « Soyez remercié de votre diligence, sergent. Celui qui a mis en place cet avertissement a sans doute commis là sa dernière exaction avant les arrestations de la nuit dernière. C'était leur dernière chance d'agir et le seul moyen de faire passer leur message, le trésorier s'étant cloîtré chez lui ces derniers jours… »

Le sergent secoua la tête. « Je savais que j'aurais dû faire surveiller cette porte, mais il y avait tant d'issues à garder pour être sûr qu'aucun de ces vauriens ne passe entre les mailles du filet… »  Le bailli soupira et me jeta un bref coup d’œil. Ma tenue ne semblait guère plus le surprendre que si toutes les femmes nobles se promenaient à longueur de journée en robe de chambre. Cet homme-là en avait vu d'autres. Mais que faisait-il là, au juste ? J'avais cru que sa présence au château relevait uniquement d'une invitation aux festivités en tant que notable et haut fonctionnaire. Comme s'il lisait dans mes pensées, il crut bon de se justifier  :« Cette affaire tombe sous ma responsabilité et celle du capitaine de la garde ducale. Je dois vous demander de coopérer, ma dame, même si cela ne sera sans doute guère plaisant. D'une manière ou d'une autre...»

il fut interrompu par un autre garde qui arrivait en courant. « Messire le bailli, le capitaine vous fait dire qu'ils ont retrouvé le poète ! ». Le représentant de l'ordre grogna de satisfaction et nous fit signe de le suivre. « Allons, nous allons enfin démêler cet écheveau. »

Dépassée par les événéments, je n'avais d'autre choix que d'obéir. Escortée du sergent et de ses gardes, le trésorier et moi-même suivirent le bailli. Valpinson semblait sur des charbons ardents et affirmait que le bailli aurait des comptes à rendre pour cet outrage. Je me contentai de me taire, espérant bientôt y voir clair. Je n'aimais pas être traitée comme une suspecte, mais j'avais délibérément couru le risque de m'exposer en me droguant et en interrogeant le trésorier, et je restai confiante en ma capacité à me tirer de cette nasse. Je n'avais rien fait de répréhensible… à ma connaissance. L'idée que mes incursions nocturnes aient pu avoir de sinistres retombées m'inquiétait vaguement. Après tout, qui sait si la morale dont je me prévalais avait la moindre influence sur mes actes lorsque j'étais en proie au somnambulisme ?

Nous terminâmes notre périple à la capitainerie du château. Près d'un cachot occupé par plusieurs hommes en qui je crus reconnaître le montreur d'animaux et plusieurs autres bateleurs, un autre individu se trouvait ligoté, assis sur un banc contre un mur nu. Devant lui, l'officier supérieur de la garde du duc se dressait avec colère. « L'époux de Dame Amarante a été retrouvé couvert de lacérations de la tête aux pieds. C'est un miracle qu'il soit encore en vie, et nous savons déjà ce qu'il dira quand il se réveillera. Vous feriez mieux de cracher le morceau avant d'aggraver votre cas, Rimeur. Faîtes venir la bête avant que nous ne soyons contraints de l'abattre. Le Grand veneur lui-même l'a pris en chasse. »

« Vous le tuerez de toute façon, non ? » maugréa Rimeur d'un air désabusé. « Et c'est de ma faute. Je ne savais pas ce que je faisais. J'ai toujours suivi mes impulsions… est-ce un péché que d'aimer, et de vouloir se lier aux êtres qu'on aime ? C'est une créature si belle, sauvage, si fascinante… et je pouvais partager la beauté féroce de ses instincts… »

« Le péché est de le faire sans conscience et sans se soucier des conséquences. »  rétorqua le capitaine d'un air accusateur.  « Nous épargnerons le marguet si vous le ramenez ici, calme et docile. Il pourrait agresser d'autres résidants du château.»

« Je ne suis pas sûr d'en être encore capable… j'ai toujours été sur le fil du rasoir et il est encore plus difficile à contrôler maintenant... »  avoua le poète en baissant les yeux.

« C'est votre dernière chance de limiter le mal que vous avez causé ! »

Vaincu, l'homme hocha la tête et laissa son regard errer dans le vague. A ce moment, un torrent d'insultes partit de la cellule, déversé par le montreur d'animaux qui avait empoigné les barreaux. « Tu as tout ruiné, Rimeur, triple imbécile ! Je t'avais dit de ne pas faire le malin, mais il a fallu que tu attires cette femme là-bas pour la lutiner ! Tu n'as jamais été bon à rien d'autre que la bagatelle et les belles paroles, j'aurais dû le savoir ! » Le ton était familier, et je notai une certaine ressemblance physique entre eux. Peut-être des frères, me dis-je avec curiosité, essayant de comprendre ce qui se passait.

« Silence ! » intima le bailli avant de se tourner de nouveau vers le poète ligoté. « Rimeur, le premier soir des festivités, vous avez donné rendez-vous à Dame Amarante au jardin des simples où elle vous a retrouvé. Quand vous l'avez quittée, elle a attendu que vous soyez loin pour s'en aller à son tour sans risquer d'être vu avec vous, et en partant discrètement, elle a aperçu Maître Valpinson...  dont l'attitude affolée était assez étrange et inquiétante pour qu'elle s'en ouvre au capitaine le lendemain, malgré le risque de fuite quant à sa présence inconvenante en pareil lieu... dès lors nous savions que quelque chose se tramait et que le trésorier était impliqué. »

Je regardai, comme tout le monde, Vélin Valpinson qui était désormais livide. « Je ne faisais que prendre l'air ! »  glapit-il.

« Oui, apparemment vous vous êtes vite remis de votre douleur au pied, après avoir quitté la salle de bal... en réalité, vous tentiez de fuir certaines personnes envoyées par vos vieux amis de la guilde marchande. »  Le regard du bailli tomba sur moi, songeur. « Le faucheur aura son dû ? Vous étiez là également, Dame Elégance, à n'en pas douter.  »

« Au jardin des simples ? Je pense m'y être rendue la première nuit de la fête de Printemps, en effet, mais je ne me rappelle de rien, ou presque. J'étais en pleine crise de somnambulisme. Cette phrase m'est revenue plus tard, et j'ai senti qu'elle avait un lien avec le trésorier en le voyant ce matin... »

« Vous l'avez entendue là-bas, je gage. Expliquez-lui donc ce que cela signifie, Maître Valpinson. Pour ma part, je sais déjà de quoi il retourne. Je n'avais besoin que de preuves complémentaires, comme je l'ai indiqué à Sa Grâce le Duc. »

Le trésorier était furieux. « Il n'y a rien à prouver ! Je ne suis pas plus coupable de m'être trouvé dans ce jardin que l'aristocrate volage ou cette sorcière qui prétend marcher en dormant ! »

« Ah, mais ces charmantes dames n'ont aucun pouvoir sur les collecteurs de taxe, je me trompe ? »  rétorqua le bailli. « Il y a deux ans que je traque vos malversations… quand vous n'étiez encore qu'un collecteur véreux négligeant de faire payer certains marchands influents, en échange de cadeaux divers… j'avais des soupçons, mais pas assez de preuves pour vous incriminer… et puis vous êtes devenu trésorier, vous avez pris du galon, et vous vous êtes protégé, vous avez fait profil bas pour ne pas mettre en danger votre nouvelle position… mais les vieilles habitudes ont la vie dure, et vos anciens amis ne vous avaient pas oublié... nous avons mis leurs sbires aux arrêts cette nuit, et nous en avons tiré des aveux édifiants. »

« Je ne voulais pas, je le jure ! »  s'écria alors le trésorier acculé, solidement encadré par deux gardes qui le retenaient de fuir. Il ne s'attendait visiblement pas à cette pluie de révélations et ne savait plus comment se défendre. Il montra du doigt les bateleurs emprisonnés. « Ces vauriens…  l'un d'eux m'a approché lors du bal, après que vous ayez essayé de m'intimider… je ne voulais pas l'écouter et j'avais peur d'attirer l'attention, alors, je suis sorti dès que j'ai pu trouver un prétexte, mais lui et deux de ses acolytes m'ont suivi… j'ai essayé de les semer, mais ils m'ont rattrapé... ils voulaient me forcer à renouveler notre arrangement, mais
j'ai refusé… j'ai dit, exactement : le risque est trop grand, le faucheur aura son dû… Dame Élégance l'a entendu elle-même ! »  


Je compris alors. Le blason de Labour… les faux de la moisson. Le faucheur, c'était le Duc, et son dû, les taxes collectées en son nom… un code assez simple, mais je n'y avais pas songé un seul instant.

« Alors ils m'ont menacé ! »  poursuivit-il, effondré. Il défit les lacets de sa chemise et dévoila son torse scarifié de lignes rouges, d'entailles mal soignées ; on l'avait horriblement tailladé, et cette vue suffit à me rappeler ce que j'avais vu, me mettant le cœur au bord des lèvres. J'avais voulu cueillir des simples, accroupie parmi les haies, inconsciente de ce que je faisais… Amarante et son poète se trouvaient sans doute dans une autre partie du jardin, nous ne nous étions pas croisés… quand ils étaient partis, le trésorier était venu, puis les soi-disant acrobates, et c'est seulement au bruit qu'ils faisaient que j'avais glissé près d'eux le long d'une haie pour les observer, avec la vigilance instinctive d'un animal… alors j'avais vu, et entendu… les lames jouant dans la clarté de la lune, les menaces glaçantes, le sang versé…  ils étaient si occupés qu'ils ne m'avaient pas remarquée dans les ombres denses et la végétation foisonnante… et j'avais pris la fuite, terrifiée. Voilà pourquoi je m'étais réveillée dans un autre jardin. On jouera avec toi jusqu'à ce que tu chantes une chanson plus douce, pinson… ou jusqu'à ce que tu cesses de chanter. Une main sur sa bouche pour l'empêcher de hurler. J'avais hurlé pour lui, plus tard. Et il chantait maintenant, mais pas la chanson qu'ils avaient espéré.

« Après m'avoir tailladé, histoire de me montrer qu'ils étaient prêts à user de violence, ils m'ont laissé partir pour "réfléchir" et je me suis enfermé chez moi les jours suivants, autant pour me soigner que pour chercher une solution... Depuis ma promotion, je croyais être hors de portée de la guilde marchande, mais je me trompais… des hommes aussi fortunés et déterminés trouvent toujours un moyen d'arriver à leurs fins. »
Des larmes roulaient sur ses joues hâves.

« A moins qu'on ne les arrête. Mais vous n'aviez pas le courage d'avouer vos fautes, n'est-ce pas ? Cela vous aurait ruiné, et vous avez une famille... la colombe clouée sur votre porte ce matin était d'ailleurs une menace explicite à l'égard de votre femme, si je ne m'abuse. »  Le ton du bailli n'avait rien de compréhensif ; il énonçait une simple vérité.

Le trésorier enfouit son visage dans ses paumes. Sa détresse me toucha, même si je savais qu'elle était le résultat de ses actions et qu'il devait assumer ses choix. Nous le devons tous. Chaque décision amène son tribut, même si nous ne voyons pas toujours lequel. Nous ne voulons parfois pas le voir, et nous fermons délibérément les yeux. Mais la réalité se rappelle à nous tôt ou tard selon une logique implacable. Prends garde à ce que tu sèmes,m'avait dit mon père un jour. Je ne l'avais encore jamais compris aussi clairement.

« Attention ! »  s'exclama soudain le capitaine des gardes en me poussant de côté. Je repris tant que bien mal mon équilibre et n'eus que le temps de voir une forme sombre passer là où je me tenais l'instant d'avant, et bondir en feulant sur le poète qui se mit à hurler. La suite fut un chaos de sang et de cris inhumains ; je vis la bête, un marguet tacheté, de taille impressionnante, s'acharner sur le visage du poète ligoté avec des yeux fous et ardents… jusqu'à ce qu'une épée lui passe au travers du corps. Le félin glissa à terre sous le regard dégoûté du capitaine qui venait de mettre fin à sa sauvagerie démentielle.

« Sombre crétin » marmonna-t-il en décochant à Rimeur un regard noir.  « Vous aviez un don, et au lieu d'apprendre à le maîtriser, vous lui avez laissé libre cours, comme à toutes vos impulsions… »

Je regardai l'artiste au front et aux pommettes lacérées rouler à terre, pantelant, essoufflé. Un vifier.  Mais pas un vifier éduqué comme l'était ma sœur aînée. Un vifier sans formation qui avait exercé sa magie sur ce fauve, l'avait dominé à moitié, et l'avait finalement rendu fou… Le capitaine semblait hors de lui.  « Si vous ne vous étiez pas servi de lui comme d'un jouet... et si vous ne l'aviez pas utilisé pour vous protéger de l'époux de Dame Amarante, cette nuit... »  Il souleva le prisonnier et le jeta sur le banc sans ménagement.  « Vous ne vouliez peut-être faire de mal à personne… mais vous en avez fait autant que votre frère... »

Le bailli, avisant mon regard interrogateur, expliqua : « Il y avait une fausse troupe d'artistes, dont faisaient partie le montreur d'animaux, le poète, plusieurs acrobates et un joueur de fifre qui accompagnait leurs numéros. J'avais des soupçons mais je ne les ai identifiés formellement qu'hier, quand j'ai réalisé qu'ils commettaient trop d'erreurs pour être des professionnels victimes du trac. Seul le montreur et le poète étaient de vrais artistes. Le montreur étant de mèche avec les spadassins, jouant le rôle du chef de la troupe en façade. J'imagine que ce subterfuge était le seul moyen pour les anciens amis du trésorier d'atteindre leur cible, Maître Valpinson ne quittant quasiment plus le château depuis sa nomination, et jamais sans escorte... non sans raison. »

Il marqua une pause et lorgna avec tristesse le cadavre du félin. « A ce qu'il raconte, le montreur d'animaux s'était dégoté un marguet d'une espèce rare et sauvage qu'il peinait à dresser, alors il a engagé son frère, un poète qu'il savait posséder le Vif. Rimeur. Comme il nous l'a obligeamment raconté cette nuit après son arrestation, il ne s'attendait pas à ce que Rimeur soit incapable de maîtriser le marguet. L'animal ne leur obéissait qu'en partie, c'est pourquoi il n'a finalement pas été présenté lors des numéros. Et il a trouvé le moyen de leur fausser compagnie, hantant le château jusqu'au moment où Rimeur a enfin réussi à le convoquer, pour se défendre contre un noble jaloux… je suppose que la terreur et l'instinct de survie avait affûté la puissance de son Vif, assez pour atteindre enfin la bête et la soumettre à son ordre, mais cette sorcellerie violente et incontrôlée a rendu le marguet fou. Je ne suis pas surpris que la bête ait fini par se retourner contre lui... »

J'assemblai maintenant toutes les tesselles de la mosaïque… un trésorier véreux, rattrapé par son passé lors d'un événement public… moi, somnambule à cause d'une erreur de l'herboriste, témoin involontaire de son calvaire lorsque les spadassins avaient fait pression sur lui… la violence de la scène gravée dans les abysses de mon esprit, et revenant chaque nuit hanter des cauchemars dont je ne me rappelais jamais, mais qui guidait mes pas vers des indices… la faucille, le vélin, le pinson, le masque de déguisement, le miroir rappelant la pleine lune, le sang sur le chiffon, la porte de l'appartement du trésorier et la dague… tandis qu'un marguet sauvage, perturbé par un vifier incompétent, hantait les couloirs du château et semait la terreur chez les uns et les autres…

Frissonnant, je serrai sur moi ma robe de chambre. « Je témoignerai de ce que j'ai vu et entendu. Je commence à m'en rappeler, et avec l'aide de mon Maître d'Art, nous devrions pouvoir faire remonter ces souvenirs à la surface dans leur intégralité. »  Je ferais face, et peut-être enfin serai-je libéré de la terreur que cet épisode m'avait inspirée. Au moins, je pouvais cesser de consommer l'herbe qui causait mes crises, et retrouver un sommeil normal, si ce n'est paisible, à présent que j'avais le fin mot de l'histoire.

Le trésorier fut jugé et condamné à l'emprisonnement pour ses exactions passées. Je ne me souviens plus aujourd'hui des détails de la sentence, mais je suis sûre qu'il payait déjà chèrement ses fautes. Le poète fut condamné lui aussi, avec le reste de la troupe ; deux membres influents de la guilde marchande tombèrent avec eux pour fraude, corruption et tentative d'extorsion. Le bailli me confia qu'ils n'étaient sans doute pas les seuls commanditaires, juste les moins malins, les moins prudents d'entre eux, et il doutait hélas de réussir à confondre les autres. Après ces festivités de Printemps mouvementées, l'on n'entendit plus guère parler de Dame Amarante ; son mari avait survécu à l'attaque du marguet, mais non sans séquelle, et je doute qu'il lui ait pardonné facilement son incartade, qui s'ébruita inévitablement et fut aussitôt claironnée aux quatre vents par Dame Pétulante. Un de mes cousins prétend que le couple a fini par se réconcilier et qu'ils ont eu un enfant. Je l'espère pour eux, et j'espère que la belle aura appris à prendre garde à ce qu'elle sème...



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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 27 Oct - 21:17

Ignépée

Marchand

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Wouah ! Superbe histoire ! J'adore la façon dont tu as agencé les éléments et ton style décidément sans fioriture et agréable. Je n'ai pas remarqué de faute d'orthographe et ta narration reste bien dans l'axe de son fils rouge, ce qui est notable au vue de la complexité de l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs très bien rendue, et j'ai beaucoup apprécié la façon dont tu joues avec le fantastique pour nourrir une fin à la Poirot.
Bref, tout ça pour dire qu'il n'y a rien à redire à ton défi et même que je conseil à chacun de le lire, ne serait-ce que pour le plaisir. Voici donc les points ! $___$

  • 2 de participation
  • 2 d'orthographe
  • 2 pour le style
  • 2 pour le contenu
  • 2 pour la longueur
  • + 2 pour avoir introduis trois des objets que je t'avais proposé.


Nous avons donc 12 jolis points à réclamer ici !

Encore merci pour nous avoir livré cette belle histoire, et à bientôt pour de nouvelles aventures !


"Cherche pas la p'tite bête, bonhomme, ou tu vas trouver la grosse."
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MessageSujet: Re: Portrait d'Elégance Lestival   Lun 27 Oct - 23:22

Elégance Lestival
Noble de Labour
Noble de Labour
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Merci beaucoup, c'est la première fois que je me lance dans une histoire policière, alors je suis ravie que ça ait produit l'effet souhaité ! :123:



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